Le Shïiva pousse la porte de papier gris, qui coulisse dans un chuintement à peine audible, dévoilant un petit dortoir plongé dans l'obscurité.
Il entre avec une lanterne, dont la flamme tremblotante éclaire faiblement la pièce.
Il me fait signe d'entrer, et traverse lui-même le dortoir jusqu'à au mur du fond. Une large fenêtre y est taillée, et un lourd rideau est tiré devant.
- Tu dormira ici, dit-il en me désignant un couchage au pied de la fenêtre. Puis il tourne les talons et sort en grommelant.
Aby se réveille en glapissant. Soulagé, je lui caresse doucement la tête, assis sur le couchage.
Près de moi, je remarque un sceau d'eau. J'y plonge le bras; l'eau froide est agréable.
Aby lape avidement dans ma main.
- Ton compagnon à fourrure à l'air de se remettre…
Je me retourne vivement, et reconnaît la jeune fille qui avait tenté de m'éloigner des thermes, tout à l'heure.
- Tu parles ma langue ?
Elle semble étonnée d'une telle question.
- Bien sur que non, me répond-elle. C'est toi, l'Alkëen, qui comprend la mienne. La preuve, tu m'as répondu en Shïivenn.
Quel étrange endroit… voilà que je me mets à discuter dans un langage qui m'était inconnu il y a encore quelques heures.
- Dis moi… Mëya, c'est bien cela?
Elle acquiesce d'un hochement de tête, faisant tinter les anneaux d'argent qui terminent ses tresses.
- Qu'est-ce exactement que cet endroit? Nous ne sommes pas aux frontières de Cascërn et de Tanathön?
- Non. Et ces deux noms ne me disent rien. Es-tu sur de ne t'être pas égaré en chemin?
- Mais enfin, dis-je en haussant la voix, où es-t-on dans ce cas?
Les quelques autres personnes qui partagent mon dortoir marmonnent un vague "Silence", avant de se rendormir.
- Fais un peu moins de bruit, me murmure-t-elle, ils ont eu une nuit difficile. Le client d'aujourd'hui était bien capricieux, il les a tenu jusqu'au matin…
- Désolé. Mais ça ne répond toujours pas à ma question, Mëya…
Elle pousse un soupir.
- Tu es dans le dernier endroit sur cette terre où tu souhaiterais te trouver, hélas. Ici, c'est les terres de Gëlann, et lorsqu'on y entre, on n'en sort plus. Tu a vu les troupes du maître, elles gardent toute la frontière entre ici et Labäymon.
- Labäymon?
- C'est le pays d'à-côté, voyons. C'est là d'où je viens.
Je ne comprends plus rien. Ce pays n'a jamais existé…
Commentaires
Aucun commentaire pour cet article
