![]()
Une vaste maison, encerclée de douves ou serpentent une rivière, surgit de derrière une colline.
Je regarde la pancarte qui pend, grinçante, au bout d'un poteau de bois…
Thermes Gëlann
- Des thermes, ici, au beau milieu de nul part?
Aby pousse un glapissement, en voyant une créature arriver par le sentier. A peu près aussi haut qu'un nain de Dürin, elle a quatre bras, portant chacun un sceau, et sa peau, grise, est tachetée de tatouages blancs. Son long visage, émacié, est encadré de deux yeux bleus, qui me regardent avec un étonnement certain.
Elle lâche soudain les sceaux qu'elle transportait, et accourt vers moi, en agitant les bras. Surpris, je porte la main à la garde de mon épée, prêt à dégainer.
- Acktä, Acktä !, me crie-t-elle avec une voix grinçante.
Elle se cramponne à mon manteau, et essaie de m'entraîner loin de l'étrange bâtisse.
- Que dis-tu? Que me veux-tu?
Elle ne semble pas comprendre, et me tire de plus belle en continuant de me parler dans cette langue étrange.
- Mëya, éloigne-toi de l'étranger, ordonne soudain une voix grave et rocailleuse derrière moi.
La petite me lâche, et recule en baissant la tête.
Je me retourne, pour me retrouver nez à nez avec une troupe de soldats lourdement armés de hallebardes aussi grandes que moi.
- Lâche ton arme, étranger.
A contrecoeur, je laisse tomber Doninÿo dans un bruit sourd et métallique, et descend de cheval.
- Tu es un Shïiva, toi, dis-je à cette créature, qui me dépasse d'une tête.
Son visage était dur et froid, bardé de tatouages noirs, et ses cheveux, raides et noirs comme la nuit, étaient tressées et tenues par des anneaux d'or.
Il m'assène un formidable coup de poing qui m'envoie à terre. La douleur est puissante, et je crache mon sang sur la terre du chemin.
- C'est moi qui pose les questions, ici, sale Alkëen. Que fais-tu sur nos terres, en plein jour?
Je me relève, et le fixe méchamment, sans lui répondre.
- Tu en as perdu ta langue? Ce n'est pas grave, le maître te fera parler, lui. Allez, avance.
Il pose sa large main sur mon épaule pour me pousser, mais Aby bondit et le mords à l'avant-bras. Le Shïiva pousse un cri de douleur, et attrape le feu-furêt. Sans ménagement, il le jette à terre en vociférant.
Je me précipite sur Aby, qui ne bouge plus. Je prends dans mes bras ce petit corps qui respire faiblement, et tourne la tête vers la créature :
- Shïiva, je te jure que je te tuerais de mes mains.
Le chemin est long, plus que je ne le pensais, alors que nous passons les lourdes portes de bois rouge, au bout d'un large pont surplombant la rivière. Le bâtiment, dans la pure tradition architecturale de Cascërn, est impressionnant. De hauts murs blancs encadré de fenêtre de bois, un toit ondulé de tuiles vertes, dotés de plusieurs étages à en juger par les poutres qui dépassent de la façade, les thermes doivent culminer à quelques trois cents pieds de hauteur.
A l'intérieur, des bassins de vapeurs ou d'eau glacés disposés dans de grandes pièces délimitées par des poutres massives et des murs de papier gris.
Pas de bruit, personne pour le moment, hormis notre groupe, qui monte les escaliers vers le dernier étage…
par John L. Kurtiss
publié dans :
Carnets de route
