Au détour d'un sentier bordé d'herbes folles, en route pour les terres du Sud, je croise un vieillard, assis sur le bord du chemin sur une pierre ronde et lisse. Il est affublé d'un long manteau râpeux, et d'un chapeau noir à larges bords. Avec le grand bâton de bois qu'il tient à la main, il me barre la route et lève la tête vers moi.
Son visage est buriné, il a une petite barbe grise et drue, et ses yeux, tirant sur le gris fade, me fixent intensément.
- Connais-tu l'histoire de Myrddin, voyageur?, me dit-il d'une voix enrouée.
Et avant que j'ai pu esquisser une réponse, il continue :
Long sommeil d'ivoire,
Seul dans une tour de vents,
Sous le sol de vert et de roches,
Rêvant de sa douce traîtresse.
Myrddin, Merlin, Myrddin,
Il songe sans cesse
A ses cheveux noirs et
Ses yeux d'ébène, triste
Qu'il est de n'avoir plus qu'eux.
Myrddin, Merlin, Myrddin,
Une araignée, portée par le vent,
Sous les menhirs chuchote :
"Oublie, et oublie l'oubli même.
Laisse le temps, la pluie, la fille."
Myrddin, Merlin, Myrddin,
Hélas, il n'y peut songer
De renier ce doux conte
Aux tréfonds du néant
Dans ces abîmes d'esprit.
Myrddin, Merlin, Myrddin,
Cette histoire, ce rêve
De dragons et d'épées,
Est la seule qui lui reste.
Car vous le savez…
Triskel et dolmen ne poussent plus
En pays des pommes d'Avalon.
- Les pommes d'Avalon? Qu'est-ce exactement?
