Le voyage reprend, après quelques temps laissé de côté… près d'une décade.
J'aime beaucoup la mer, un jour de Panatëum frémissant sous le vent. Cette brise fraîche, qui gifle les cheveux, courant sur les herbes folles pour venir briser les vagues et grignoter les rochers.
La Presqu'île d'Ekkennÿ étend son bras sur la mer du Soleil Jaune, dans la blancheur ouatée du soleil.
Tara (j'aime à penser qu'elle se nomme Tara, même si elle ne parvient plus à parler) est assise derrière moi, et enserre de ses mains froides, fantomatiques, ma taille.
Sans mot, j'avais compris qu'elle ne souhaitait pas laisser sa dépouille mortelle dans ces bois inquiétants. Pour l'heure, le corps est enveloppé dans une couverture fermement attachée en croupe de Peÿlos.
Tout à l'heure, j'irais l'enterrer sur les bords de la falaise, face à la mer et au soleil levant.
…
Je prends la dépouille sur mon épaule, sans un mot, le visage fermé. Je l'amène près de la fosse, que j'ai creusée au préalable. Un coin de nature à l'abri du vent, entre deux pentes de terre, pour que la bise ne s'y engouffre pas.
J''y dépose le corps avec une extrême précaution, en faisant de mon mieux pour qu'il ne cogne pas contre le sol meuble.
Ceci fait, je me tiens là, devant la fosse ouverte, et entame une homélie, apprise des elfes, lors d'un de mes nombreux voyages :
Nul écho ne résonne,
Pas un chant, pas un souffle.
Le jour file dans les cimes,
et vient le crépuscule rouge.
L'arbre de vie souffre, et rend
Une feuille d'argent aux ombres.
L'heure du sommeil est venu
pour celui que nous pleurons.
Il s'en est retourné libéré
vers les plaines immortelles.
L'arbre de vie souffre, et rend
Une feuille d'argent aux ombres.
Aby pousse un glapissement de tristesse, et se blottit contre mon cou. Je le gratifie d'une caresse affectueuse, puis prends la pelle, et entame de recouvrir la tombe.
Tara se penche, et passe sa main à travers l'étoffe mortuaire. Puis, dans un souffle, elle retire ce qui semble être un pendentif, qu'elle portait à sa mort.
Elle me le tend, avec un vague sourire de remerciements, mêlé de tristesse, et le laisse tomber dans ma main. Le collier en métal tinte faiblement en touchant ma paume.
…
Edya Odä, déesse-louve des Vanaheim.
Tara me sourit une dernière fois, et puis disparaît, brume évanescente, dans le doux crépuscule…
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