Mercredi 30 mai 2007

...

Aby ne se retourne pas alors que je l'appelle. Il reste là, comme hypnotisé, ses petites pattes contre le carreau, sa longue queue fendant l'air. 

J'attache Peÿlos à un tronc d'arbre, et je m'approche, la main posé sur la garde de Doninÿo. Une clameur, comme un chant irréel, me parvient alors aux oreilles. 

La cabane est habitée, à n'en pas douter. Puis, alors que je suis nez à la fenêtre, la musique s'arrête.

 

A l'intérieur, pas une ombre ne bouge. Une table, une chaise et un lit d'étrange forme s'entassent dans un coin. 

Aby, comme sorti de sa torpeur, sursaute en voyant où il se trouve, et grimpe le long de mon bras, jusque sous le repli de mon col. Il tremblote, frigorifié et effrayé, alors qu'il était calme il n'y a pas trente secondes. 

   

Je marche vers l'entrée, une vieille porte de bois à moitié pourrie, et la pousse dans un grincement. La lumière blafarde entre à peine dans la maison, se heurtant à cette masse d'ombre impénétrable. 

- Heh, oh, il y a quelqu'un? 

Ma question ne trouve aucune réponse, mais quelque chose a bougé à l'intérieur. 

 

Et soudain, l'ombre furtive avance vers moi. Fasciné, je retire machinalement la main de mon épée, craignant de l'effrayer. 

C'était une jeune femme, aux longs cheveux noirs tombant sur ses épaules rondes en cascade, et au visage nacré d'une beauté presque irréelle. 

Elle était habillée d'une longue robe noire et pourpre cintrée, mais ses pieds étaient nus et elle semblait ne pas comprendre ce qu'elle faisait là. 

Elle s'avance, les yeux presque exorbités, et avance sa longue main blanche pour me toucher. Au contact de sa peau glacée, je frissonne. 

Devant mon sursaut, elle recule et replonge dans l'obscurité. 

 

Je rejoins Peÿlos, qui observait la scène les oreilles dressées, et récupère dans le sac qu'il porte en croupe, une couverture chaude et une bouteille d'hydromel. 

Je reviens vers la cabane, et m'assoit sur le perron de bois craquant. Je tourne la tête vers la jeune fille et lui fait signe d'approcher. 

Elle sort prudemment, et vient s'asseoir à côté de moi. Je l'enroule alors de la couverture. 

- Vous allez attraper la mort, ainsi vêtue, ma dame. 

A ces mots, elle se met à sangloter, et se cramponne à mon manteau. 

 

Je tourne la tête vers la cabane, derrière nous, redoutant de comprendre ce qu'elle essaie de me dire. 

Je me lève et me dirige lentement à l'intérieur, mon épée sortie. La jeune fille pleure, je l'entends dans mon dos. 

La cabane est toujours plongée dans cette obscurité étrange. N'y voyant goutte, j'attrape une lanterne accrochée au mur. 

 

Elle est couverte d'un liquide étrange et épais, et je crois savoir de quelle nature…

 

par John L. Kurtiss publié dans : Carnets de route

 "Edya Acatäsh, grand dieu des voyageurs"

Aspenn, terre de légendes et de mystères... Même si de sombres évênements ont entaché de sang les hautes plaines de notre terre, j'aime encore à m'y égarer, perdu dans mes pensées. 

 

Ce que vous lirez dans ces lignes, parfois pur produit des chimères du tabac du Sud et de l'hydromel local, n'est certainement pas écrit pour la postérité, et d'ailleurs ne sera peut être même pas compréhensible à certains.

Mais laissez-moi vous servir de guide, et vous comprendrez que l'on peut s'évader... même dans son esprit.

 

Mon nom est John, et je vous souhaite la bienvenue à Andëmiss Cité-Folle.

 

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