Enfin, se dessine devant moi, les tours cyclopéennes de la Cité des nuages. Nëckba, que des poètes, plus éclairés et investis de leur art que je ne le suis, avaient qualifié de "Cité aux milles prismes".
Il est vrai que cette ville offre un spectacle des plus étonnant. Alors que la plupart des autres capitales d'Aspenn se concentrent en cercles autour du palais central, les plus riches étant au plus près et les pauvres en périphérie, Nëckba fut érigée vers les hauteurs insondables du vide céleste. Ceux qui n'ont pas un sou vaillant restent donc à terre, quémandant quelque obole envers leurs concitoyens, tandis que les plus riches, les bourgeois, parfois de sinistre nature, ont les cieux sous leurs pieds, peu inquiétés qu'ils sont dans leurs tours d'ivoires.
Cela m'a toujours intrigué… je ne dirais pas que cela me plaît, les hommes devraient vivre sur un pied d'égalité - le terme est ici bien choisi je trouve -, mais l'Homme, par sa nature, qui diffère de celle des Sylväins et des Nedërans, qui demeurent les exceptions fortes de ce monde, l'Homme donc n'est pas prêteur, encore moins partageur. Ce qu'il à, il le garde, et n'a cœur des problèmes des autres, qu'ils soient frères, fils ou filles, voire même son propre environnement.
Car cette cité, bâtie d'une manière toute nouvelle dans les plaines de Tanathön, peut agresser l'œil du voyageur, peu habitué aux courbes tranchantes de ses tours, et de son aspect général.
Les barbares (bien que je trouve ce terme réducteur, comme orientaux pour les Casciäns - mais bon, on ne peut pas en employer d'autres) ont toujours ce goût de créer des choses nouvelles, même si personnellement je la trouve d'un goût parfois malsain, affichant avec arrogance sa lutte des richesses.
Ce portrait m'a même dégoûté d'y séjourner longtemps… je pense y passer deux jours, peut être trois, et repartir dans la prochaine décade…
J'aimerais tant être, avant la Lune nouvelle, aux bords de l'ondée tranquille de la Mer d'Anarïon, avec au loin les îles de Cemenë, la déesse Vanaheim des Arts…
Même si je l'a verrais seul… sans elle.
par John L. Kurtiss
publié dans :
Carnets de route
