En passant devant un troquet, vers la mi-journée, la soif me contraint, bien que je ne fus pas difficile à convaincre, de m'arrêter la pour m'abreuver.
Là, je m'assis à une petite table, et commanda à une jolie jeune fille aux cheveux corbeau une pinte d'hydromel.
Tandis qu'elle s'en allait, je sortis de ma poche une petite besace de cuir ainsi qu'une longue pipe grise. Je dénoua le noeud du sac, et l'odeur du tabac blond me monta aux narines, subtile et épicée. J'en bourra le fourneau de ma pipe d'une bonne pincée, et l'alluma. J'eus le temps d'en tirer deux ou trois bonnes bouffées, alors que la serveuse revenait avec ma chope, remplie à ras bord d'un alcool sûrement aussi agressif qu'odorant.
J'en bu une gorgée, le liquide frais et sirupeux coula dans ma gorge assoiffée avec bonhomie.
Tandis que je dégustais un instant de repos, après une longue promenade dans les ruelles tortueuses d'Andëmiss, quelques troubadours montèrent sur scène, et entreprirent de nous régaler de musiques lancinantes...
Ces chants me rappelèrent alors un homme, musicien de haute estime mais trop souvent passé sous silence, que j'ai connu en flânant dans une autre ville sur les côtes de l'Ouest.
...Quel était son nom déjà... Denin... non... Deceuninck. Oui, Patrice Deceuninck.
Et alors, sa demeure, fort accueillante me revint en mémoire, comme un phare se découvrant dans la brume de l'océan.
C'est un homme que je sais apprécier, j'allai parfois le déranger dans son antre, voir s'il avait confectionné quelque nouveau morceau envoûtant.
Si d'aventure, vous le croisez, dîtes-lui alors tout le bien que j'en pense. Remerciez-le d'être ce qu'il est, un musicien de talent...
