Jeudi 15 novembre 2007
Il y a comme un vide soudain, à être projeté dans le temps, à ne plus être ni ici, ni ailleurs en même temps, à force d'être tout le monde et personne.
Vaste question qu'est celle de l'écrivain : est-il lui, ou bien son personnage ? Il ne le sait plus lui-même, se mêlant à lui…
Serait-il alors une part de lui-même, qui terrasse les lycans, perd ceux qu'il aime, en trouve d'autres, découvre des mondes nouveaux, insuffle le mystère et la crainte dans ces êtres de papier … trouve, au milieu d'une forêt, ou bien dans la pire des cités, quelque endroit que la main n'a pas encore souillé…
Une ruelle sans doute, à Andëmiss, quelque part dans le noir, peut être y est-il encore… Comme cet homme attaché à un fauteuil de métal, qui préfère s'évanouir dans ses rêves, puisqu'il ne peut qu'y mourir…
 
- Quel endroit étrange, ici… En ai-je déjà vu de pareil ?
De loin, cela ressemblait à un bois, tout ce qu'il y a de plus normal … Jusqu'à ce que j'en aperçoive la nature… Une forêt, oui, mais un bosquet de tuyaux, enchevêtrés, rouillés, tordus…
Un fouillis, une mer de nœuds de métal craquelant et poussiéreux. Comme un monstre des profondeurs, s'étant échoué plus loin, et dont les tentacules auraient mué en cet étonnant ballet de ferraille. Elles montent jusqu'au ciel, pour venir engloutir les étoiles, caresser la lune de leur tendre étreinte grinçante.
A terre, un petit objet brillant attire soudain mon attention…
Une épingle à cheveux, perdue ici, on ne sait comment.
 
Et comme un air de guitare, au fond, derrière tout cela …il me semble apercevoir un homme jouant, entre deux tuyaux, mais la seconde d'après, il n'est plus là…
Après tout, ce ne serait pas la première fois que quelque chose s'évanouit devant moi.
Un peu plus loin, je vois un cheval. Seul, au milieu du bosquet métallique. Et un homme, grand, noir et courbé, s'approche, et en saisit la bride.
Aby pousse un glapissement, mais je pose mon doigt sur les lèvres, lui signifiant qu'il doit se taire.
Ce faisant, je contourne l'individu, en sortant lentement ma dague.
La lame, recourbée, émet un faible chuintement en passant sur la garde du fourreau.
Il ne m'entend pas, il est trop occupé à essayer de voler ce cheval.
 
Arrivé derrière lui, je tourne la lame glacée contre mon poignet, et lui plaque la dague sur la nuque. La morsure le fait se cambrer, et un frisson lui parcourt l'échine.
- Je crains fort que tu n'ai mal choisi ta nuit, l'ami…
Je me penche vers son oreille. Je le sens suer à grosses gouttes, il n'ose pas bouger.
- Lève toi, et marche, ou bien reste la, et meurs, lui murmure-je.
Il n'y réfléchit pas à deux fois. Il prend aussitôt les jambes à son cou, et je le vois s'enfuir, zigzagant sans un regard en arrière.
Je range nonchalamment ma dague… j'aurais aimé être assassin, mais la vie m'a fait voyageur… Je ne me plains pas, et puis, je ne lui aurais pas planté la lame entre les omoplates … Je ne suis pas en reste de quelques méfaits, pour ma part…
 
Une ombre en noir, courant sur les toits, oscillant entre les fenêtres allumées à la lueur des torches, entrer sans un bruit, et atteindre quelque pièce ensommeillée, sentir le souffle lent de celui qui va expirer sous le fil…
Comme ces bêtes fumantes, noires comme la cendre de l'âtre des enfers, qui se tapissent au fond des herbes folles, presque carnivores à abriter des prédateurs, dentelées et ployant sous le poids de leur faim insatiable de la terre qu'elles dévorent. Et ces animaux félins, qui bondissent, tous crocs dehors lorsque enfin, en un éclair, leur proie passe à portée de canines, pour s'abreuver de leur sang clair …
 
Une douleur dans l'épaule me fait sortir de mes pensées morbides, comme des griffes plantées dans la chair. Je porte vivement la main vers mon épaule, et je sens le pelage hérissé d'Aby.
Il est dressé, pointant le museau, et poussant des glapissements nerveux vers un étang non loin du sentier.
L'onde noire semble frémir, et soudain, je vois …
 
Quelqu'un se noie, se débat, et enfin appelle à l'aide. Il crache de l'eau, retombe dans les abysses, revient, la vase le reprend dans ses bras gluants, et enfin, on ne le voit plus…
Je saute de cheval, et me précipite dans le noir, poussant frénétiquement les herbes folles qui me séparent de la rive.
Je n'entends plus que le sang qui me bat les tempes …
 
par John L. Kurtiss publié dans : Carnets de route
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 "Edya Acatäsh, grand dieu des voyageurs"

Aspenn, terre de légendes et de mystères... Même si de sombres évênements ont entaché de sang les hautes plaines de notre terre, j'aime encore à m'y égarer, perdu dans mes pensées. 

 

Ce que vous lirez dans ces lignes, parfois pur produit des chimères du tabac du Sud et de l'hydromel local, n'est certainement pas écrit pour la postérité, et d'ailleurs ne sera peut être même pas compréhensible à certains.

Mais laissez-moi vous servir de guide, et vous comprendrez que l'on peut s'évader... même dans son esprit.

 

Mon nom est John, et je vous souhaite la bienvenue à Andëmiss Cité-Folle.

 

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