Lundi 29 octobre 2007
Le bateau ne devrait plus tarder. Cette dernière lune aura été éprouvante, vraiment… Je suis en haut d’une petite colline, surplombant la marée cristalline, au bord de la Mer du Soleil Jaune… Je ne sais même plus si c’est moi qui part, ou si l’on me quitte…
 
Ah, oui, encore cela…
J’entends derrière moi un trot familier, lent et pesant, mais aussi empli de grâce.
Je ne me retourne même pas, j’esquisse un vague sourire sous la lumière du soir, le nez plongé dans un de mes carnets, à griffonner une improbable salle ou une scène rêvée, évanescente.
J’aime à dessiner ce qui me passe par la tête, notamment lorsque tout ceci n’a pas le moindre sens… Beaucoup de bulles, d’étoiles et de feu, cependant…
Ma foi, cela n’est pas grave.
On s’approche encore, jusqu'à ce que je sente ce parfum, de bambou et de fourrure mêlés.
 
- Tu ne devais pas repartir pour l’Ouest… , demande-je en levant finalement le nez de ces pages jaunes.
Se détachant du ciel gris et faiblement teinté d'orangé, elle se tient là, juchée sur son lion albinos, avec son éternel sourire.
- Qu'est-ce que tu fais là?
- Oh, moi, sais-tu… ici, ou ailleurs, je suis toujours tout près. Mais dis moi, ce n'est pas une réponse…
- Non… Je pense que je vais m'en aller, repartir pour l'Ouest.
- La frégate part à l'Est… la prendras-tu?
Elle attend, semblant ne pas prêter attention à ce que je viens de dire, puis finalement donne une tape sur l'encolure de son lion, qui reprend sa marche lente vers le rivage.
- Certes, oui. Mais on se reverra forcément…
Je la regarde s'éloigner, puis donne un coup de bride et tente de me ramener à sa hauteur.
De sa besace sortent quelques têtes chafouines grises.
- Tu les emmènes avec toi?
Elle me jette un de ses regards verts, puis considère un instant son sac, avec un sourire ravi.
- Mes fourreux? Oui, ils aiment à voir du monde.
- Où comptes-tu t'arrêter, mettre pied a terre?
- Près de la mer.
- Ca n'est pas une réponse, cela non plus.
- Tu m'ennuie avec tes questions, ne sois pas surpris que mes réponses ne te conviennent pas.
Ce faisant, elle accélère. Je pousse un soupir résigné et la regarde partir au loin. Puis, à une bonne cinquantaine de pieds de moi, elle s'arrête finalement, et semble m'attendre.
 
- Tu ne changeras jamais, lui dis-je.
- Toi non plus…
- Que veux-tu, c'est ainsi.
 
Nous continuons jusqu'au bac et, arrivés au quai, je sors de ma sacoche une écharpe de laine rouge et or, tassée en boule, et la lui tend.
- Tiens, peu importe si elle te plaît, mais enfin…
Elle me la prend des mains, et m'embrasse sur la joue. Puis elle monte dans le bateau…
 
La frégate s'éloigne, emmenant dans son sillage des vaguelettes blanches et ocre.
Je ressors mon carnet, et vois, à la page cornée et jaunie marquée de son prénom…
 
Merci… elle est toute douce.
 
Cela me fera toujours sourire, ces petites choses qu'elle ne dit pas, ou après coup. J'attrape une plume et griffonne :
Aby te dit Drüüu… et je suis assez d'accord avec elle. Tu vas nous manquer.
 
Quelques secondes passent, et apparaît enfin :
Tous les deux, vous n'êtes pas objectifs… Mais enfin, ce n'est pas si grave.
Tu as des yeux magnifiques.
Ce n'est pas un au revoir…
 
- Eh bien, bon voyage, Fallä…
Le navire n'est plus qu'un vague point noir à l'horizon, et je reprends la route contre la côte…
 
par John L. Kurtiss publié dans : Carnets de route
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 "Edya Acatäsh, grand dieu des voyageurs"

Aspenn, terre de légendes et de mystères... Même si de sombres évênements ont entaché de sang les hautes plaines de notre terre, j'aime encore à m'y égarer, perdu dans mes pensées. 

 

Ce que vous lirez dans ces lignes, parfois pur produit des chimères du tabac du Sud et de l'hydromel local, n'est certainement pas écrit pour la postérité, et d'ailleurs ne sera peut être même pas compréhensible à certains.

Mais laissez-moi vous servir de guide, et vous comprendrez que l'on peut s'évader... même dans son esprit.

 

Mon nom est John, et je vous souhaite la bienvenue à Andëmiss Cité-Folle.

 

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