Dimanche 9 septembre 2007
C'est à présent que je suis au bord du chemin, qui continue encore loin, trop loin pour en apprécier l'horizon, que je me suis arrêté, le temps de souffler.
Ces derniers temps beaucoup de changements, et d'autres qui ne changent pas.
Magie vaudou d'Abgaraddö, probablement, avec leurs mains filandreuses et parcheminées, et leur visage émacié émergeant d'une tignasse hirsute. Entre les plis de leur cape de grises pelures, on entraperçoit une luciole prise dans les mailles, mais aussitôt, elle s'en réchappe, sans plus de raison qu'elle s'y était prise.
Quand bien même, elle y aurait laissé une aile, que je n'aurais eu cœur de la lui redonner. C'est ainsi.
 
Oui, du vaudou d'Abgaraddö…
Quand j'y repense, cette vie est parsemée d'étranges choses, et ce n'est pas seulement ici. De tous temps, je me rappelle avoir attiré nombre de choses peu communes, que l'on ne sait pas voir d'ordinaire, et en avoir fait fuir d'autres…
Comme quelqu'un que j'ai su apprécier, qui nous dit "oui, c'est dur de vieillir", et qui, sottement car il n'y a pas d'autre mot, tombe sous le coup bas d'une figure en noir, et passe du côté des ombres à peine la journée passée.
C'est ainsi fait…
Des fantômes, des morts, d'autres qui veulent s'ôter la vie, et d'autres qui ne veulent pas que je leur donne la mienne.
"Si l'humain était constant, il n'irait pas a vagabonder sur les routes"… Oui et non. C'est plus pour chercher un sens. Chercher, toujours fouiner partout, pour dénicher du bout de la truffe un morceau de bonheur, même s'il ne dure qu'un temps.
 
Je descend une colline, à dos de cheval, alors qu'il fait presque nuit. Les étoiles percent à peine la toile velours du ciel, et la lune décroissante vient timidement éclairer la cime des arbres élancés.
Et j'entrevois, comme les yeux mi-clos, cette forme fantomatique venir vers moi, guidé par une lueur dodelinante, tantôt à droite, tantôt à gauche, au rythme de son mouvement.
"… Non, non, ce n'est pas ça…ôte-toi ça de l'esprit."
En m'approchant, je distingue ce qui semble être un gnome, monté sur une bien étonnante machine.
Clinquante, bruyante, crachant de la fumée par deux tuyères en croupe, cela semble être une de ses Calïan-Toë mécaniques.
- Belle machine, dis-je en inclinant la tête.
Le gnome s'arrête à ma hauteur, et retire ses petites lunettes, rondes et cerclées de cuir. Il a une bonne figure, aux joues bien pleines, et une large moustache aux bords recourbés frétille sous son nez. Il sourit, dévoilant ses canines luisantes, et deux dents en or.
- Ma foi, oui, me répond-il, peut être mieux que votre cheval, Alkëen.
- Cela se mesure… Mais que faîtes-vous ici, ainsi attifé et juché sur une monture naine ?
- Je cherche des légendes, rétorque-t-il en souriant de plus belle tandis qu'il essuie ses lunettes sur le pan de sa chemise.
Et en les rajustant sur son nez, il me lance :
- J'ai en tête une éponge gorgée de sucreries, tout ce qu'il nous faut pour être heureux. Pas vous ?
- Moi, oui et non.
- Quelle drôle de réponse.
- Quoiqu'il en soit, ajoute-t-il, moi, Galünin le Conteur, suit à la recherche de quelque légende perdue, oubliée… En auriez-vous une par un grand hasard, nous pourrions la partager…
- Ma foi, cela dépend, réponde-je en descendant de Pëylos. Mes légendes sont connues de beaucoup de monde, mes écrits n'ont été l'apanage que de quelques personnes qui sont chères à mon cœur.
- Ainsi, vous régalez de contes et de fables vous aussi ? A la bonne heure, dit-il, joyeux, en sautant de son Caliän-Toë.
Sur ces mots, il tourna un bouton de son engin, qui cracha une dernière salve de fumée, avant de s'éteindre.
- Belle bête, mais trop bruyante pour des légendes d'ether. Commencez donc, mon ami, que je puisse après, à mon tour, vous conter une de nos histoires, à nous gnomes des Vanaheim.
Il s'assied sur une pierre lisse et parfaitement ronde, près d'un arbre, et m'invite à faire de même. Je laisse Pëylos et Aby à leurs vagabondages nocturnes, et m'affale contre le tronc rugueux et dur.
- Ma foi, par où commencer… Ah, oui, peut être…
 
Il ne restait déjà plus qu'un noir charnier, et les quelques alliés tentaient de regagner Daedal, poursuivis par la meute de lycans, qui demeuraient encore sur le champ de bataille, bien décidés à les achever.
Törin s'empressa alors de crier à la garde en contrebas :
- Vite, rouvrez les portes ! Laissez-les entrer !
Le portail grinça, couina, et s'ouvrit.
Dans le même temps, le capitaine cria à l'encontre des archers elfes :
- Feu à volonté ! Renvoyez-les en enfer !
Alors les Sylväins décochèrent leurs lignées de flèches, qui s'élevèrent, frôlant le plafond de la caverne, avant de s'abattre impitoyablement sur la meute de lycans.
Les bêtes, transpercées de mille parts, s'effondrèrent, et les rares qui résistèrent allèrent mourir plus loin, crachant du sang par la gueule et tombant dans la poussière de la plaine.
Les survivants entrèrent finalement dans la cité, tenant difficilement sur leurs montures, les armures éclatées et comptant de profondes blessures.
Alors que l'on refermait l'accès à la cité, le groupe de mages korrigans se fraya un chemin parmi les combattants, et se mirent en arc autour du portail.
Psalmodiant des incantations en Loÿsell, ils se tenaient par la main, et ne remuaient pas un muscle. Le vent se leva, et vint leur gifler le pelage en une bourrasque brûlante. Du feu sembla sortir de leur étrange ronde, et finalement enveloppa la porte, qui brillait de ce halo de cuivre pâle.
Au sommet des remparts, Törin demeurait interdit, éberlué par le sortilège.
Jeriko était à ses côtés, et regardait d'un air admiratif, les bras croisés.
- Remarquable sort de barricade, dit-il dans un souffle. Il y a longtemps que je n'en ai vu.
- Remarquable, en effet. Mais je crains que ces artifices ne soient pas encore assez pour nous garantir la survie.
Au fur et à mesure de ses paroles, son visage s'assombrissait, et ses traits se tiraient de sa fureur grandissante.
- Car ce ne sont pas des flammèches qui les anéantiront, mais bien la poix, le feu et le fer que nous les tendront sous la gorge. Oui ami, ce soir, du sang coulera, mais il ne sera pas dit que ce sera celui des nains.
 
[…]
                La horde se mit soudain en mouvement, faisant vibrer les pierres de la caverne.
Lunäa, Därin et Danaë se rassemblèrent autour de Jeriko et du capitaine Törin, dans l'attente silencieuse et fébrile. La masse noire se détachait maintenant nettement du sol de la caverne, des haies de lances s'entrechoquaient dans la poussière.
Enfin, alors qu'ils n'étaient plus qu'à une centaine de pieds des remparts, ils s'arrêtèrent.
Désordonnés, on dénombrait encore quelques lycans mêlés aux gobelins, engoncés dans leurs armures de cuir et de plates noires difformes, les crocs luisants. Poussant des râles et frappant le sol de leurs pattes, un escadron de Drëgs formait la première vague, devant les rangées de lanciers.
Puis, plus loin, venaient les trolls, énormes, trapus et velus, à la gueule hideusement défigurée, quelques uns ouvrant leurs mâchoires béantes dans un hurlement. Pour l'heure attachés solidement par des chaînes tirées par des gobelins, ils moulinaient dans l'air d'improbables massues et d'effrayantes haches étincelantes.
Le reste de l'armée se noyait dans l'obscurité, au loin, mais l'on entendait par-ci par-là leurs appels étouffés.
 
- C'est l'heure, murmura Därin dans un souffle, l'air résigné, hâtons-nous de les renvoyer à la terre.
Lunäa fit un bref signe à un des archers sylväins, qui vint vers Jeriko, et lui tendit son arc. Le rôdeur fut étonné de ce geste.
- Prenez, maître magelame, dit l'elfe. Il vous sera d'une précieuse aide.
Jeriko inclina la tête et prit l'arc avec douceur. Puis il passa lentement la main sur le bois tendre et lisse, avant d'empoigner fermement la garde.
L'elfe retira alors le carquois qu'il portait en bandoulière et le lui tendit.
- Cela fit si longtemps que je ne m'en suis pas servi. J'ai peur d'avoir trop vieilli, et perdu en maîtrise. Mais, néanmoins, je vous remercie.
Le sylväin inclina la tête à son tour, et lui répondit :
- Na stiva, je vous en prie.
 
par John L. Kurtiss publié dans : Carnets de route
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Commentaires

Je suppose qu'à ce stade-ci, il est inutile de venir me demander si j'ai lu ton oeuvre.
J'overdose, j'aime ce genre d'univers, mais trop nuit, et j'ai déjà donné des discussions de rêveurs éveillés qui répètent sans cesse leurs histoires, leurs rêveries, leurs imaginaires comme s'il s'agissait d'une seconde nature.
Les ocarinas sonnent faux, il faut se rendre à l'évidence : il est des portées que l'on maitrise mal à certaines oreilles.

1 mois avec un marin solitaire, pieds nus en capitale, et traversée de France en stop et à pied. Voilà, ça m'a suffit. Les gimmicks ne sont pas pour moi, la réalité suffit largement à rêver pour peu que l'on regarde aux bons endroits. C'est ça, from my point of view nothing is magic but reality.

Navigue bien, je m'éloigne des côtes pour les navires, et je m'éloigne des airs pour les ailes enjouées. Je flotterai à quelques centimètres du sol pour ma part, il y a déjà tant à voir.
commentaire n° : 1 posté par : Bulle le: 14/09/2007 09:32:09
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 "Edya Acatäsh, grand dieu des voyageurs"

Aspenn, terre de légendes et de mystères... Même si de sombres évênements ont entaché de sang les hautes plaines de notre terre, j'aime encore à m'y égarer, perdu dans mes pensées. 

 

Ce que vous lirez dans ces lignes, parfois pur produit des chimères du tabac du Sud et de l'hydromel local, n'est certainement pas écrit pour la postérité, et d'ailleurs ne sera peut être même pas compréhensible à certains.

Mais laissez-moi vous servir de guide, et vous comprendrez que l'on peut s'évader... même dans son esprit.

 

Mon nom est John, et je vous souhaite la bienvenue à Andëmiss Cité-Folle.

 

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