Mardi 28 août 2007

plume-2.jpg


  Coincé avec un Abgaraddö, qui me tend une pierre ronde, gravée de ces volutes figées, et me retient du bout tordu de son bâton. Sur la barque qui tangue de toutes parts, en descendant le Fleuve de l'Oubli…

Sa longue figure, émaciée, allongée comme un reptile, fripée et incrustée de deux petits yeux noirs fatigués, larmoyants…, et ses longs cheveux, raides et secs, tombant en cendre grise sur ses épaules, et mangeant à moitié ses joues parcourues de tatouages bleus.

- Qu'est-ce que tu fais là, dis moi…

Je laisse ma main filer dans l'eau glacée.

- Je ne sais… Je ne suis qu'un homme perdu dans l'est, qui cherche une réponse à ses questions…

- Et moi, qui viens de l'Ouest, je ne suis pas celui qui te doit fournir une réponse. Mais cela ne nous empêchera pas d'avoir une conversation agréable, non ?

- Non, évidemment. Après tout, ces réponses, je les sais déjà, et elles ne me font plus d'effet, ni pleurs ni joie… Serais-je alors insensible…

Je finis par sortir la main de l'eau, non par la douleur, mais plus par lassitude. Elle est rouge, tremblante et gelée. Des picotements au bout des doigts…

- Qu'est-ce que cela veut dire ?

- Tout simplement que tu es en vie, mon garçon…

Puis, il tourne la tête, dans un craquement, comme une statue qui s'anime soudain devant moi. Il observe avec un soupir la berge opposée.

- Pourquoi ne le prends-tu pas, me demande-t-il en me tendant la pierre.

- Pourquoi le devrais-je ?

- Parce que, c'est à toi… tu ne te souviens pas, John ?

- J'avoue que je ne sais plus… Cette terre me rend paresseux…

- Elle est faite pour cela…

… Mais tu dors…

 

- Tu veux un verre ?

- Mmh… ?

Elle me regarde du coin de l'œil, assise un peu plus loin sur le canapé.

Je ne pensais pas qu'elle ait eu un pied-à-terre, ici aussi… Quoique, j'ai appris qu'elle avait cette tendance à partir, loin, et à s'y sentir aussi chez elle.

Soit, je ne me sens, pour ma part, chez moi nulle part…

- Ca arrive parfois…

- Je vais prendre ça pour un oui.

Elle me tend avec force un verre, que je ne peux que prendre.

- Nastïiva.

- Mmh… certes.

- Navré, une vieille habitude…

Et j'avale d'un trait la liqueur, qui passe comme une traînée de flammes.

Et un bruit, comme un glapissement, et un éclair gris, bleu, qui passe devant, sur la table.

Deux yeux noirs, et je sens de petites griffes qui s'accrochent à mon cou, me grignotent les cheveux.

- Qu'est-ce que…?

Je l'attrape par la queue et le ramène devant moi…

- Un fourreux…

Je les avais presque oublié… Ah, oui, ses fourreux, petites bestioles espiègles, un peu trop curieuses, qui galopent partout.

Un à déloger de sous la commode, et nous revoilà sur le canapé, à écouter un hibou qui sonne au loin…

 

- Pas très bavard… Et bien trop de sous-entendus.

Elle s'amuse avec ses bolas, qui luisent dans l'obscurité. La lance, l'attrape ou la laisse retomber, en faisant la moue. Et elles tournent en même temps qu'elles, ces trois lucioles…

- … Navré… je suis comme ça. Excessif dans mon silence, ou dans mes paroles.

- Pas nécessairement dans ce qui passe la barrière des pensées… même dans ce que tu fais. Tiens, là, par exemple, en ce moment même…

- Que veux-tu dire par là ?

- Là…

- … Mmh, oui, oui… certes, réplique-je avec un sourire.

Dernière arme.

 

- Alors ?

- Alors… quoi ?

- J'attends…

- … Quel est son effet, demande-je en observant de travers la boule de pierre qui luit dans sa main griffue.

- Ca, réplique-t-il en serrant la balle dans sa paume, je t'avoue que je n'en sais rien. Je ne suis que le gardien, pas le porteur.

- Gardien du rêve ?

Il sourit, rehaussant sa joue tatouée, et faisant pleurer son œil moite et presque aveugle.

- Du rêve… il ne tient qu'a toi qu'il soit une réalité.

- Mais c'est déjà ma réalité...

Et je prends délicatement la balle.

 

Ô de notre bonheur, toi le fatal emblème,

Salut de la démence et de la libation blême;

Ne crois pas qu'au magique espoir du corridor,

J'offre ma coupe vide, où souffre un monstre d'or.

 

- Tant pis, murmure-je en rangeant la balle dans une de mes poches, je vais continuer à rêver encore un peu.

- Tu finiras bien par toucher une des rives, non ?

- … Certes, oui… oui…

 

… Drüüu …

 

par John L. Kurtiss publié dans : Carnets de route

 "Edya Acatäsh, grand dieu des voyageurs"

Aspenn, terre de légendes et de mystères... Même si de sombres évênements ont entaché de sang les hautes plaines de notre terre, j'aime encore à m'y égarer, perdu dans mes pensées. 

 

Ce que vous lirez dans ces lignes, parfois pur produit des chimères du tabac du Sud et de l'hydromel local, n'est certainement pas écrit pour la postérité, et d'ailleurs ne sera peut être même pas compréhensible à certains.

Mais laissez-moi vous servir de guide, et vous comprendrez que l'on peut s'évader... même dans son esprit.

 

Mon nom est John, et je vous souhaite la bienvenue à Andëmiss Cité-Folle.

 

Réponses...

blog consomateur sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus