Vendredi 24 août 2007
Sur le chemin, en route pour une destination qui m'est encore inconnue, mais qui, j'en suis sûr, est encore lointaine et floue pour être appréciée, un objet attire soudain mon attention…
Au détour, un sentier qui chemine entre les buttes de terre et de poignées d'herbe grasse, un petit livre, à la couverture salie, écorchée.
J'arrête Peÿlos à sa hauteur, et en descend. Puis je mets un genou en terre, et ramasse lentement, presque cérémonieusement, le carnet. A son contact, je sens ses pages jaunies, craquelées, et sa liseuse de cuir noir granuleuse.
J'époussette du revers de la main la poussière et la terre qui s'y est accroché, et alors, apparaissent en lettres d'or vieux : Naledäar nä Liliath.
Et ce symbole, comme trois cercles imparfaits, entrelacés entre eux, dans leur étreinte sculptée…
" Millunaire de rêves… Je ne pensais pas trouver un livre ici, écrit en Sylväin…"
Je feuillette les pages avec douceur, de peur de les voir se briser sous mes doigts.
 
" … et je n'arrêterais d'écrire que lorsque chaque pli, chaque courbe de son corps soit rouge comme son sang, d'avoir été trop décrit, trop écrit, et rêvé de les empoigner avec fougue, dans la merveilleuse étreinte de ces chairs nues …"
 
… un autre loup solitaire, on ne sera pas trop de deux ici, je pense… mais ce carnet, l'aura-t-il égaré, ou abandonné, pour ne plus y penser.
Dans le doute, je préfère le prendre avec moi, une douleur de plus à ma besace ne m'empêchera pas d'avancer plus de toute façon.
Et je continue ma route…
 
Plus tard, longeant les côtes, pris entre la mer et les embrassades de la terre et du vent, j'aperçois une petite cabane, qui ne paie pas de mine, bicoque difforme de bois noir, et sur la façade serpente une cheminée de pierre grise, crachant de la fumée.
Sans même savoir pour quelle raison, je m'y dirige, et m'arrête devant la porte.
Un coup bref, une main à la fenêtre me fait signe d'entrer.
 
L'intérieur est faiblement éclairé de quelques lampes disposées ça et là.
Le dos tourné, assis sur un fauteuil face au feu de cheminée, il me fait signe de m'asseoir.
Je m'enfonce dans les coussins pourpres, et je reste silencieux. Aby saute de mon épaule, traverse le dossier, et part quelque part dans la maison.
- Laisse-le faire, me dit l'homme.
- De toute façon, je n'en ai pas la force.
Une sorte de malaise, une tristesse étrange, s'empare de moi.
Et nous restons là, un bon moment, sans qu'aucun mot ne soit échangé.
- Un verre, peut être, finit-il par demander.
- Non… merci.
- Mais pourquoi, de toute façon, tôt ou tard, nous boirons ensemble.
Et, ce faisant, il va jusqu'à une malle, et en sort une bouteille translucide.
 
- Tu es vraiment sûr ?
- Oh, et puis, je vais me laisser tenter. Autant le noyer.
- Noyer quoi ?
- Peu importe… trop de choses.
Il hausse les épaules et me fait signe d'approcher.
- Tiens, je te laisse te servir.
Et il me tend la bouteille. J'en verse une bonne dose dans mon verre, et nous retournons nous asseoir.
L'alcool est fort, ça va aider je pense…
 
Nastïiva…
- Mais au fait, pourquoi es-tu ici, finit-il par me demander en engloutissant une bonne rasade de son verre.
- A dire vrai, je ne sais même plus moi-même.
Imperturbable, il continue ses questions.
- … Et comment en es-tu arrivé à ma demeure ?
Et, en sortant le carnet que j'ai trouvé sur la route, je murmure :
- Un miroir.
Il reste interdit.
- Et j'aurais une corde, mais je ne m'en servirais pas contre toi. Je t'aime trop pour t'empêcher de t'envoler. Où a-tu trouvé cela ?
- Plus haut, sur le chemin.
- Triste bonheur. A la fois, je suis content que tu me le ramènes, et à la fois terrifié de le reprendre.
Je commence à le ranger.
- Si tu n'en reveux pas…
- Non, donne-le moi, réplique-t-il précipitamment en m'arrachant presque le carnet des mains. Il est des choses que peu de personnes devraient savoir… des choses que tout le monde ne peut comprendre.
 
Je me lève du fauteuil, et passe ma main sur le revers de mon manteau…
- Beaucoup d'hommes connaissent ce sentiment.
- Devrais-je me sentir mieux, alors ?
- Non, c'est vrai. Mais sais-tu, de ces fleurs, il y en a des millions qui ne demandent qu'à être cueillies…
- Je n'en veux pas des millions, je n'en désire qu'une… et c'est la seule qui ait des épines, du moins pour moi. Alors, voilà, je me parle à moi-même, ou je l'écris, ajoute-t-il en agitant avec lassitude le carnet, parce que je ne veux pas lui dire en face.
 
Aby revient, galopant sur le parquet craquant, et me grimpe sur l'épaule, alors que ma main se dirige vers la porte.
- Merci pour le verre…
- Nä eler… Merci pour la compagnie.
- A bientôt… Lionel.
- A bientôt, John.
 
La porte s'ouvre sur le monde, sous la pluie, se referme, et la lumière s'éteint.
 
Millunaire de rêves…

Naled--ar-N---Liliath.jpg

par John L. Kurtiss publié dans : Carnets de route
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Commentaires

Salut à toi John !

Je viens ici avec un peu de retard, pour te souhaiter la bienvenue au Cercle des Passeurs de Rêves.

Je n'ai pas encore eu le temps de bien découvrir ton blog, mais le peu que j'en ai déjà vu, est très séduisant et me plait énormément, j'espère pouvoir en découvrir davantage prochainement .

En attendant je te souhaite une bonne continuation, ainsi qu'un bon week-end, au plaisir;

Amicalement,
Adû
commentaire n° : 1 posté par : Aduna Fael (site web) le: 25/08/2007 04:21:36
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 "Edya Acatäsh, grand dieu des voyageurs"

Aspenn, terre de légendes et de mystères... Même si de sombres évênements ont entaché de sang les hautes plaines de notre terre, j'aime encore à m'y égarer, perdu dans mes pensées. 

 

Ce que vous lirez dans ces lignes, parfois pur produit des chimères du tabac du Sud et de l'hydromel local, n'est certainement pas écrit pour la postérité, et d'ailleurs ne sera peut être même pas compréhensible à certains.

Mais laissez-moi vous servir de guide, et vous comprendrez que l'on peut s'évader... même dans son esprit.

 

Mon nom est John, et je vous souhaite la bienvenue à Andëmiss Cité-Folle.

 

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