Peux-tu voir ce long silence de papillons,
Et cette ensommeillée sous son tas de feuilles,
Défunte, ou endormie simplement,
Parce que trop souvent demandée.
Des rêves, des vieillards qui me connaissent mieux que moi-même, des lutins, des
nymphes… toute cette magie qui habite les terres.
Pour l'heure, je n'ai rencontré que peu de personnes qui, comme moi, sont à même de voir
toutes ces nuances de féerie. Nous suivons des routes séparées, mais il arrive que au détour de nos sentiers, nous nous croisions, le temps d'une nuit ou d'un simple mot…
Parfois, on ne me croit pas, de toutes ces pérégrinations… Aux dieux ne
plaisent.
…
- Reveux-tu du thé, étranger ?
Cette longue main, aux couleurs griffées de fauve et d'ambre, me tend la bouilloire
encore brûlante et odorante.
- Merci, non, ça ira, réponde-je en inclinant la tête.
Ces mages Shïnzos… quelle merveille, quelle grâce dans le mouvement… Il faut en dire
que, tous empreints des manières et de l'esprit de l'Homme, ils ont gardé cette félinité, cette sauvagerie dans leurs traits issus de leurs cousins tigres.
Car enfin, à les voir, avec leur pelage doux, perchés sur leurs pattes longues, graciles
et puissantes, leur parenté féline n'est pas difficile à remarquer.
- Reprendrez-vous du thé, l'astronome, demande-t-elle alors à Tryssïas, assis un peu à
l'écart sur la terrasse, regardant dans le vague la cime des arbres.
Tous ces personnages, tous un peux fous, perdus dans leurs rêveries, ou leur recherche
d'un autre, me ressemblent un peu… C'est sans doute pour cela que je me sens bien sur cette terre.
- Et alors, les collines se déchirèrent, et la neige, comme une cendre de lumière,
commença à se déverser dans ces failles, et jusqu'où… dis-moi…
Le vieux Tryssïas tourna alors la tête vers moi, un sourire rehaussant ses traits
fatigués, attendant que je termine sa tirade.
J'avale d'un trait le thé chaud et achève :
- …Jusqu'à ce qu'il rencontre le sol noir des enfers, et que ses pauvres âmes
puissent enfin se délecter d'une beauté perdue… Qui ne le sait pas, dis moi, Tryssïas, l'astronome ?
Le vieillard pousse un soupir de contentement, et ajoute de sa voix grêleuse
:
- Juste astronome pour de belles étoiles, mon garçon… Mais sais-tu son vrai sens, dis
moi…
Je me lève de ce banc de pierre lisse, et y repose le petit bol de céramique. Puis, d'un
sifflement bref, j'appelle Aby qui vient escalader mon bras, et entourer mon cou de sa longue queue fendue.
- Vieil homme, que ne saurait-je sa vraie sonorité, puisque c'est de moi que sont ces
mots…
L'astronome ne paraît même pas surpris, il s'y attendait.
- Tous les tenants et aboutissants, n'est-ce pas… John?
- Tout a fait. Quoi que l'on dira, cela ne m'en sera pas étranger, car je suis tout
ici, et tout ici fait partie de moi…
Et je me dirige d'un bon pas vers Peÿlos. J'enserre la bride et, tout en m'éloignant
vers le portail du temple, je lui lance :
- Adieu, maintenant, l'astronome. On se reverra bientôt… sois en
sûr.
- Mais je n'en doute pas une seconde, mon garçon.

*huunnnn*
A chacun son soupir de contentement.
Et à celui-ci, l'oreille se redressa, interrogeant l'air.
"Pour le plaisir, car c'est agréable.
-Hm? Quoi donc ?
-A mes yeux de voir, que le reste y croit ou non, c'est en eux que j'ai d'abord confiance. A tort ou à raison...
-De quoi parles-tu ?
-Regardes ! Fermes les yeux... Rappeles-toi... Et imagine. =)
-Je suppose qu'il n'y a rien à comprendre, ou qu'il ne faut même pas essayer. Soit."
Les yeux clos, souvenirs et imagination.