Sorti de la forêt pétrifiée, j'aborde nonchalant le golfe d'Eänn, qui s'étend en un bras
de terre enserrant cette mer pale.
Sur la jetée, une forme va et vient, tenant à la main un grand parchemin. De là où je
suis, je l'entends :
- Mais oui, pourtant, ce devrait être par là-bas… Mes calculs ne m'ont jamais
trompé…
Puis, m'apercevant, il accourt vers moi.
- Jeune homme, jeune homme ! Dites-moi, me lance-t-il d'une voix chevrotante, en
revissant ses lorgnons sur son nez fripé, suis-je fou ?
A le voir, on dirait un bon vieillard exubérant, comme j'ai l'habitude d'en croiser sur
ma route…
- Je ne sais, vieil homme, de toute façon, ce n'est pas a moi de vous
juger.
Et, se rapprochant plus de moi, il me tend la carte, et commence à psalmodier ces vers
:
Bordée d'une virée d'étoiles,
Embrassée par les cinq mers,
Sagesse des astronomes,
Aux temps anciens, cité aux mille cieux.
Infula Atlantis
Terre engloutie de vallons
Et montagnes, sienne lavée
De ce flot monstrueux.
Infula Atlantis
La terreur vient, sous le
Silence des Dieux,
Grondant de son funeste ravage,
Aux dernières heures mourantes.
Infula Atlantis
Reverra-t-on un jour,
Briller l'or des Anciens…
- Bien belle histoire, n'est-ce pas, achève –t-il enfin, courbé sur sa carte qu'il
m'arrache des mains. Dommage qu'elle ne soit qu'une légende, hélas.
- Pourquoi, une légende, vieil homme ?
- Tryssïas, je te prie, mon garçon, je me nomme Tryssïas… Et légende, hélas, car seule
chimère elle est. Cela fait des années que je la cherche en vain, cette merveille de cité, et jamais je ne la trouve… Conclusion ? Elle n'existe tout simplement pas.
Et la voilà qui commence a gémir et a piétiner le sol.
"Voila un personnage des plus intéressants…"
- Tryssïas, les légendes sont faites ainsi… Veux-tu que cette légende-ci vive
?
- Bien sur, j'y ai consacré ma vie.
- Alors, ne court donc pas après des dragons dorés, transmets ce que tu sais… Il vaut
mieux parfois rêver de trésors que d'en poursuivre un.
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