Lundi 6 août 2007
Je l’ai quitté, laissé à son triste sort …
Même si elle m’a dit qu’elle n’avait plus nul part où aller, personne ne mérite de finir sa vie dans ce pays démentiel…
Il n’est plus temps des regrets, hélas… je ne sais même pas comment je suis entré dans ces terres étonnantes.
J’ai bien essayé de revenir en arrière, retourner aux thermes, mais je n’ai rien vu d’autre que des terres en friche.
Pas de bâtiment énorme, de rivière… rien. J’aurais même été heureux de croiser un des gardes…
 
Alors je m’en suis allé plus loin vers le Sud.
Maintenant, ce sont les terres de Cascërn que je vais fouler du pied et du sabot…
En espérant que j’y serais mieux accueilli.
 
La forêt Pétrifiée… Ne porte-t-elle pas à merveille ce nom, cette vaste étendue de bois bleu, comme figé dans un éternel sommeil de glace…
Pas un bruit, pas un son… les animaux n’y nichent pas… Rien que l’écho des pas de mon cheval, les ronronnements d’Aby, dormant couché en rond sur mon épaule, et mon équipement qui m’enserre la taille et bat mon flanc.
- Peut-être que, au détour d’un temple, j’y surprendrais quelque nymphe, ou moine s’exerçant à la Danse des Cinq Poignards… qui sait.
Voila que je pense à voix haute…
 
- Quand le lycan entend son nom, il montre les crocs, n’est ce pas, étranger ?
Quelle voix étrange… suave et mielleuse.
J’arrête Peÿlos d’un coup sec sur la bride, et tourne la tête vers le fourré, d’où je pense avoir entendu cette étonnante réplique.
 
- Tu ne regardes pas au bon endroit, l’Alkëen… je suis ici, redit la voix, qui semble s’élever d’un buisson à ma droite cette fois.
- Non… ici… ou bien par là, peut être… regarde mieux.
Finalement, je lève la tête en poussant un soupir, et aperçoit, sans trop de surprise, une femme, dont les seuls vêtments s'apprentent à quelques feuilles tenues par des liens de cuir, assise sur la branche au-dessus de moi.
Elle balance ses jambes nonchalamment, insouciante, avec ses grands yeux couleur d’acajou.
- Bien, dit-elle d’une voix haut perché, tu t’en tire bien… D’habitude, les hommes ne savent pas voir…
- Moi, je vois, et je suis las de ce jeu, nymphe. Descends, ou trouve un autre homme pour t’amuser.
 
Et sur ces mots, elle saute de son arbre, et atterrit dans les feuilles mortes avec un grand sourire. Puis, elle s’approche de mon cheval, en me fixant intensément, les mains croisées derrière le dos.
- Où est-il, finit-elle par demander, les yeux pleins d’envie.
- De quoi me parles-tu ?
- Ton instrument… celui dont tu jouais tout à l’heure… C’était beau.
Je sors de ma poche ce petit objet, à peine plus gros que la main, froid et lisse.
- Mon ocarina ?
- Oca-ri-na ? Pourquoi un tel nom ? Tu aurais du l’appeler « Tête d’Oie », cela y ressemble beaucoup.
J’esquisse un sourire.
- Justement, nymphe, ocarina veut dire « petite oie ».
- Ah ?
Et après un temps de silence, elle ajoute avec frénésie :
- Joue-en un morceau. J’aime ce son brut… c’est comme le vent qui traverse les feuilles et les cascades.

Quelle étonnante créature… d’ordinaire, les nymphes de forêt viennent rarement à la vue des humains.
 
par John L. Kurtiss publié dans : Carnets de route
recommander

Commentaires

Aucun commentaire pour cet article

ajouter un commentaire

 "Edya Acatäsh, grand dieu des voyageurs"

Aspenn, terre de légendes et de mystères... Même si de sombres évênements ont entaché de sang les hautes plaines de notre terre, j'aime encore à m'y égarer, perdu dans mes pensées. 

 

Ce que vous lirez dans ces lignes, parfois pur produit des chimères du tabac du Sud et de l'hydromel local, n'est certainement pas écrit pour la postérité, et d'ailleurs ne sera peut être même pas compréhensible à certains.

Mais laissez-moi vous servir de guide, et vous comprendrez que l'on peut s'évader... même dans son esprit.

 

Mon nom est John, et je vous souhaite la bienvenue à Andëmiss Cité-Folle.

 

Réponses...

podcaster sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus