Ce qu'il se dit la nuit, ne voit jamais le jour…
- Aby, viens, on va faire un tour…
Le feu-furêt, lové sur la couche, se lève soudain et me saute sur
l'épaule.
Nous sortons tous deux du dortoir, tirant doucement la porte de papier pour ne pas
réveiller Mëya et Eol, dormant à poings fermés.
Moi, je n'ai pas sommeil…
Nous longeons les pièces, et descendons à pas feutrés le grand escalier de bois
craquelant. Les thermes, embrumés et sombres, sont plongés dans le silence, uniquement coupés par intermittence par les crachotements des tuyauteries. Edya, que je déteste cet endroit… même si
pour l'heure, je ne sais pas où aller.
Dehors, l'herbe est grasse et humide, aux abords du bâtiment
central…
J'ai l'impression que cela fait des lunes que j'ai plus vu le jour… Je vis comme un
vampire ces derniers temps.
La faute à trop vagabonder sans but, je me retrouve dans ces endroits étranges… ils me
ressemblent au fond.
Au détour de la façade, je vois s'écouler soudain une petite rivière, et la suit,
réfléchissant à la manière dont je pourrais m'enfuir.
J'ai remarqué que la nuit, les Shïivas gardiens ne sont plus à patrouiller autour des
thermes – sans doute pour éviter d'effrayer les clients… Il faudrait réussir à sortir la nuit, mais nous avons tout le bâtiment à traverser…
De dépit, je frappe dans une pierre, qui va se fracasser contre le mur dans un étonnant
bris métallique.
- Mais que…
L'eau provient d'une grille d'évacuation, ancrée dans les
thermes.
- C'est donc par là que sortent les eaux usées… intéressant.
par John L. Kurtiss
publié dans :
Carnets de route
