Enëveyen Edeÿ neve Nadöa sïllen…
L'inspiration m'est revenue… A croire qu'il me faut être déprimé pour être prolifique…
Quoiqu'il ne faut pas grand-chose pour m'envoyer des idées noires… surtout là où l'on
m'a enfermé.
Je n'ai jamais dit être un homme bien.
Comme toujours, on ne me voit pas sous mon vrai jour… mais peut être aurait-il mieux
valu que je le dissimule.
Car lorsque je le dis, enfin, ça déçoit tout le monde.
Ma nature, ma vie, est ainsi faite.
Parler de ça, ou avouer d'autres choses à quelques mantes religieuses… ces belles
croqueuses d'hommes. Et moi, pauvre esclave de mes désirs, je me laisse prendre au jeu de leurs chants qui sont pour d'autres.
Moi, de compagnon, je n'ai bien que mon feu-furêt…
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- Qu'est-ce que tu écris, John ?
Je lève la tête. Mëya est penchée sur mon carnet, un léger sourire aux
lèvres.
- Rien… rien que des choses qui n'auraient pas dû être.
Elle relève les yeux, l'air intriguée.
- Je ne comprends pas.
Je referme mon carnet, et me met debout, avec quelques difficultés, tant mes muscles me
font mal à mesure que ces nuits interminables se suivent.
- Ce n'est pas grave, petite, j'ai pris l'habitude, lui dis-je en lui passant la main
dans les cheveux.
Puis je me dirige vers la fenêtre de notre dortoir, et m'accoude. La journée est bien
avancée, il fait un peu chaud, mais le vent frais claque dans les plaines, sifflant et hurlant.
La petite Shïiva s'approche et regarde dans le vague…
- En tout cas, moi, je t'aime beaucoup. Je suis très heureuse de t'avoir ici, finit-elle
par dire avant de m'embrasser sur la joue.
Et elle s'en retourne en chantonnant, en poussant la porte de papier gris de la
chambre.
par John L. Kurtiss
publié dans :
Carnets de route
