Vendredi 30 mars 2007

...

En passant devant un troquet, vers la mi-journée, la soif me contraint, bien que je ne fus pas difficile à convaincre, de m'arrêter la pour m'abreuver.

Là, je m'assis à une petite table, et commanda à une jolie jeune fille aux cheveux corbeau une pinte d'hydromel.

Tandis qu'elle s'en allait, je sortis de ma poche une petite besace de cuir ainsi qu'une longue pipe grise. Je dénoua le noeud du sac, et l'odeur du tabac blond me monta aux narines, subtile et épicée. J'en bourra le fourneau de ma pipe d'une bonne pincée, et l'alluma. J'eus le temps d'en tirer deux ou trois bonnes bouffées, alors que la serveuse revenait avec ma chope, remplie à ras bord d'un alcool sûrement aussi agressif qu'odorant.

J'en bu une gorgée, le liquide frais et sirupeux coula dans ma gorge assoiffée avec bonhomie.

 

Tandis que je dégustais un instant de repos, après une longue promenade dans les ruelles tortueuses d'Andëmiss, quelques troubadours montèrent sur scène, et entreprirent de nous régaler de musiques lancinantes...

 

 Ces chants me rappelèrent alors un homme, musicien de haute estime mais trop souvent passé sous silence, que j'ai connu en flânant dans une autre ville sur les côtes de l'Ouest.

...Quel était son nom déjà... Denin... non... Deceuninck. Oui, Patrice Deceuninck.

Et alors, sa demeure, fort accueillante me revint en mémoire, comme un phare se découvrant dans la brume de l'océan.

 

L'Antre du Lillois

 

C'est un homme que je sais apprécier, j'allai parfois le déranger dans son antre, voir s'il avait confectionné quelque nouveau morceau envoûtant.

Si d'aventure, vous le croisez, dîtes-lui alors tout le bien que j'en pense. Remerciez-le d'être ce qu'il est, un musicien de talent...

par John L. Kurtiss publié dans : Carnets de route
Vendredi 30 mars 2007

Je me réveille à peine, après une nuit affreuse, oscillant entre les réveils brusques, dû aux quelques soiffards qui avaient des élans poétiques sur le coup de la mi-nuit, puis par de vieux cauchemars, dont je m'extirpais tremblant.

Aby s'étire en baillant, et saute sur mon épaule, alors que je quitte la chambre, sans un regard pour la paillasse que le tenancier considère comme étant un lit.

Il m'a roulé, et m'a extorqué de cinq sylmarins pour cette couche infestée de puces.

Après tout, on ne peut pas le blâmer de ne pas aimer les Alkëens, ils le lui ont bien rendu pendant des années.

L'aubergiste, un homme fort et courtaud à l'embonpoint assez prononcé, fut ainsi chassé d'Antalion il y a deux décades, et avait erré dans les montagnes. Descendant vers le Sud, pour retrouver un peu de soleil et de châleur, il s'était échoué à Andëmiss à la fin des Ages Sombres, vers l'an 3071, alors que les contrées qui l'avaient vu naître ployaient sous la Guerre des neuf Nations.

 

Et puis, après tout, j'ai eu un lieu pour dormir cette nuit, je ne peux pas avoir tous les bonheurs du monde le même jour. J'enfile mon vieux manteau de cuir râpeux, et pousse la porte de l'auberge. Au dehors, le soleil étend ses rayons d'or sur les cimes des habitations. Il règne une atmosphère bonne enfant, normal pour un jour de marché.  Les commerçant ont sortis leurs étals, et vendent la pêche du matin à la criée, entre les fruits et les légumes de la saison.

 

Je m'accoude contre une balustrade, en fredonnant un poème vieux comme le temps, mais dont les mots, si savamment employés, n'en ternissent pas la fraîcheur:

 

Par les soirs bleus d'été, j'irais par les sentiers,

Picoté par les blés, fouler l'herbe menue.

Rêveur, j'en sentirais la fraîcheur à mes pieds,

Je laisserais le vent baigner ma tête nue.

Je ne parlerais pas, je ne penserais rien,

Mais l'amour infini me montera dans l'âme;

Et j'irais loin, bien loin, comme un bohémien

Par la Nature - heureux, comme avec une femme.

 

Ces mots, qui ne sont pas de moi, mais d'un poète nommé Arthur Rimbaud, je ne me rappelle pas où je les ai entendu pour la première fois, mais au fond, je ne pense pas que ce soit important...

 

Je me sens bien ici, et c'est la première fois depuis longtemps que je me sens à mon aise quelque part.

 

Ce soir, j'irais voir quelques amis, nous remémorer les bons souvenirs, en massant les cicatrices que les combats passés nous ont laissé, devant un bon repas et quelque boisson à la saveur ambrée...

par John L. Kurtiss publié dans : Carnets de route
Jeudi 29 mars 2007

...

 

Alors que j'arpente la rue avec Aby, mon feu-furêt apprivoisé, un souvenir me reviens...

 

Je revois une jeune femme couchant sur le papier ses pensées, ses rimes et autres réflexions enivrantes, sur elle, sur ce qu'elle aime, sur la vie tout simplement.

Je sors mon carnet de voyage, un exemplaire du Mör-Neln qu'un rôdeur m'a confié tantôt. Je tourne quelques pages jaunies et cornées, et tombe sur son nom:

Falla "Danseflamme" Gelhëen

 

Je tapote sur son nom, écrit à l'encre noire, et plonge dans son monde... a nouveau.

par John L. Kurtiss publié dans : Carnets de route
Jeudi 29 mars 2007

A peine entré dans la cité, les portes se referment dans un grincement. Je mets pied à terre et cherche des yeux une écurie, où Pëylos, mon ami depuis de longues années, pourrait trouver quelque repos bien mérité. Près de la porte, il s'en trouve une justement, et un jeune homme roux au visage constellé de tâches de rousseur, arrive en courant. Je lui tends la bride, et il emmène calmement mon cheval vers un box de paille fraîche.

 

Je pense rester quelques temps ici. Pour l'heure, trouvons une auberge. Un bon bain chaud et un lit confortable ne seront pas de trop, après cette longue course dans les plateaux Trans-Tannëens.

Aby, blottit sur mon épaule, pousse des glapissements, tentant de me faire comprendre qu'il meure de faim. Je tourne la tête vers cette petite bestiole couleur fauve, à peine plus grosse que mon poing, qui avait une figure de chiot adorable et dont les deux longues oreilles fendues tombaient sur sa truffe, rehaussée de deux grands yeux noirs qui m'observait avec insistance. Il avait attrapé mes cheveux avec ses petites pattes, et entreprenait de les mâchouiller.

 

- Arrête, Aby, s'il te plaît, lui murmurais-je avec un sourire. Moi aussi, je meurs de faim. Tâchons de trouver une auberge.

 

Et sur ces mots, je m'élança d'un bon pas dans la grande rue...

par John L. Kurtiss publié dans : Carnets de route

 "Edya Acatäsh, grand dieu des voyageurs"

Aspenn, terre de légendes et de mystères... Même si de sombres évênements ont entaché de sang les hautes plaines de notre terre, j'aime encore à m'y égarer, perdu dans mes pensées. 

 

Ce que vous lirez dans ces lignes, parfois pur produit des chimères du tabac du Sud et de l'hydromel local, n'est certainement pas écrit pour la postérité, et d'ailleurs ne sera peut être même pas compréhensible à certains.

Mais laissez-moi vous servir de guide, et vous comprendrez que l'on peut s'évader... même dans son esprit.

 

Mon nom est John, et je vous souhaite la bienvenue à Andëmiss Cité-Folle.

 

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