Mardi 10 avril 2007

Je me suis arrêté dans une clairière, au sortir d'un bois noir dans les hauts Plateaux.

Cela fait maintenant quatre jours que j'ai Andëmiss, me dirigeant vers Nëckba, pour vous conter les charmes étranges des hautes tours qui filent crever les nuages.

Aby est couché en rond près du feu de camp qui crépite, seule chandelle dans la nuit sombre et glacée.

Alors qu'il faisait si beau alors que je quittais la Cité Folle, le temps a changé d'étrange manière. De lourds nuages s'amoncelèrent dans le ciel alors que nous traversions la rivière d'Aklär, il y a deux jours. Puis ce fut la pluie et la grêle qui nous surpris plus loin.

Pour l'heure, le ciel nous laisse une nuit de répit, mais par précaution j'ai fait abriter Pëylos dans le bois.

Je pense atteindre Nëckba dans la journée suivante.

Un bruit dans mon dos me fait tendre l'oreille. Puis une chose lourde s'abat sur mon crâne… je perds connaissance, alors que je vois Aby cracher et hérisser le poil…

 

 

par John L. Kurtiss publié dans : Carnets de route
Vendredi 6 avril 2007

...

Un homme ne devrait pas rester au même endroit jusqu'à sa mort. Aussi, je pense sérieusement à partir d'Andëmiss…

Non pas que je m'y sente mal, mais je pense qu'il convient que je vous fasse découvrir le monde dans le quel j'habite.

 

Et puis, cela me donnera la matière à poursuivre mon livre, La Lune de Sang. Depuis que je suis entré dans cette cité, je n'y ai plus touché, il reste inerte dans mes carnets et ma besace, innombrables feuilles volantes…

Je règle la note à l'auberge, achète pour quelques sylmarins des provisions, et retourne prendre Pëylos à l'écurie, contre le flanc des remparts.

- Tu m'a l'air en bonne forme, Pëylos, mon ami, lui dis-je en lui caressant le museau.

Et lui de hennir de contentement, en me broutant les cheveux.

Je rattache la selle et grimpe. Aby va se blottir contre mon épaule, dans le repli de mon manteau, et nous partons tous trois vers les portes de la cité.

 

    

 

Voilà, nous sommes sortis d'Andëmiss, et les Hauts Plateaux Trans-Tannëens s'offrent à nous.

Qui sait où le vent nous portera maintenant…

Au matin des mûriers en fleurs,

Je m'en vais loin dans les champs de bruyère, 

Sans un regard pour ce que je quitte. 

 

Clair de Panatëum et Sombrenuit, 

La vie s'écoule sans bruit. 

 

Parcourant plaines et vallons, 

J'avance lentement sous le soleil, 

Jouant de concert avec les étoiles. 

 

Clair de Panatëum et Sombrenuit, 

Au loin se dessinent les Monts d'Evëy.

 

par John L. Kurtiss publié dans : Carnets de route
Vendredi 6 avril 2007

Ces derniers jours ont été sans grand intérêt. J'ai flâné dans les ruelles d'Andëmiss, m'arrêtant parfois devant une échoppe, un libraire, un joaillier … et retournant finalement à l'Auberge des Quatre Lutins à la nuit tombante. Seul plaisir qui me fut procuré durant cette période, le patron s'est finalement pris d'affection, non pas pour moi mais pour Aby, et nous a relogé dans une chambre plus confortable, donnant sur la place du marché. Le soleil entre dès l'aurore par les interstices des volets, et distille des notes ambrés dans la pièce.

 

Hier soir, à l'heure des ombres, il me prit l'envie, aux lueurs des chandelles, de faire une nouvelle fois mon portrait Casciän. J'ai découvert cette pratique de l'empire du milieu il y a quelques années déjà, et je dois bien avouer, j'ai toujours eu un faible pour ce genre de choses, on en apprend beaucoup sur nous-mêmes, et dans la mesure où l'on peut lire celui des autres, sur eux…

 

Alors, si j'étais…

- Une contrée... La Baie de Salëmm, dans l'Archipel de Jähl-Jälh, pour ses couleurs, sa lumière et sa chaleur.

- Un plat... du Calïan-Toë aux figues (un roadrunner du Kännza). Très peu connu, mais extrêmement goûteux.

- Une ville... Nëckba, la Cité-Ziggurat de Tanathön… Cette ville m'a toujours intrigué, de par les dimensions proprement incroyables de ses tours de guet et de son palais central.

- Un livre... Le dernier chant des Nuits-Bellules, de Artus Granmärr. Exceptionnel, une fable charmante et triste à la fois.

- Une pièce... Rouge Feu, adapté du roman éponyme d'Ezochov. Une ode au romantisme presque suranné qui m'habite ...

- Un animal... Le loup blanc des Varden

- Un fantasme…qu'elle se donne à moi sous la lune pleine … mais, silence, ne le répétez pas...

- Un héros... sans hésitation, Maître Jeriko, pour ce qu'il a fait durant les Années Sombres.

- Une humeur... Mélancolie

- Un juron... Sang Noir!

- Un sport... L a Danse des Cinq Poignards (venant de Cascërn). Cela en devient presque un art...

- Un souvenir... Le fantôme de mon enfance…

- Une qualité... Attentionné…

- Un défaut...Trop noir …

par John L. Kurtiss publié dans : Carnets de route
Jeudi 5 avril 2007

Notes noires et bleues courant sur le carnet,

Au soir dévorant mes chimères

Où, triste coquille embrumée, je suis assailli

Par ces fureurs qui dictent ma main.

Le royaume des nuits n'est point salvateur,

Vaste contrée où courent les songes aliénants

Et trop colorés de mes désirs décomposés.

 

Cuisiner d'étrange festin, les mots s'emmêlent,

Et bouillent dans les sombres vapeurs

des monstres de papier mâché...

 

par John L. Kurtiss publié dans : Carnets de route
Lundi 2 avril 2007

Si vous parvenez à concevoir que ce que vous voyez n'existe pas, le contraire s'applique aussi : ce que vous ne voyez pas peut exister néanmoins...

C'est partant de cette constatation que j'ai été témoin, tout au long de ma vie, d'événements pour le moins contraires à l'entendement.

Ainsi, peut être avez-vous déjà eu cette désagréable impression d'être suivi, ou observés alors que vous êtes seul dans la pièce.

Tout cela remonte à l'époque de mon enfance, ce qui est assez lointain finalement, de là où je me trouve aujourd'hui.

La première fois que je l'ai vue, je crois que j'étais assez jeune. Nous habitions, avec mes parents, dans une petite ferme isolée au sud de Cerïs, en Antalion. Beaucoup de bois, de verdure, j'aimais assez m'y balader...

Et un soir, alors que nous étions dans la salle commune, j'ai distraitement tourné la tête vers le couloir qui conduisait à ma chambre, et là, je l'ai vu passer. Furtivement sans doute, mais j'en suis certain aujourd'hui, quelqu'un est passé dans ce couloir, passant de ma chambre à celle de mes parents, qui se situait juste en face.

Bien entendu, je n'ai fait part de cette "vision" à personne... qui m'aurait cru, un garçon d'à peine une décade, qui dit avoir vu passer une forme dans le couloir. Au mieux, on aurait dit que je voulais me rendre intéressant. J'avais cru rêvé moi aussi, notez.

Seulement... je l'ai encore revu, elle... Oui, je dit elle, car je sais qu'il s'agit d'une femme... ou s'agissait, dans ce cas précis.

Une autre nuit, quelques années plus tard, j'avais déménagé ma chambre au premier étage, alors que mon père, qui était garde de la ville de Cerïs, avait transformé le grenier à l'abandon en deux chambres mitoyennes, pour mon frère aîné et moi.

Ainsi, alors que je montais me coucher, et que je m'apprêtais à souffler la bougie du couloir, un regard furtif vers le bas de l'escalier en bois me fit distinguer dans la pénombre une forme, à peu près de la hauteur et de la corpulence de mon père, mais ce ne pouvait être lui, tout le monde dormait à poing fermé (et cordes vocales pleinement ouvertes, à en juger par le formidable ronflement qui parcourait la maison).

Puis, quelques semaines plus tard encore, alors que je m'éveillais en pleine nuit, après un de ces rêves lourds, nébuleux, dont on ne sait jamais la signification, j'ai senti un poids sur mon lit.

Quelqu'un était assis en bout, près du pied du lit. Terrifié, je jeta un regard par dessus la couette, et vit une femme assise, observant le mur avec insistance.

Ce fut la dernière fois que je la vis... pour un temps seulement, puisque quelques temps plus tard, elle réapparut une fois encore, devant la porte de mon armoire, au matin. Une sorte de forme blanche.

Je n'ai jamais su qu'il elle était, ni ce qu'elle voulait. Tout ce que je sais, maintenant que j'ai quitté la demeure familliale, c'est qu'elle ne m'a jamais suivie, et que j'ai été le seul de ma famille à avoir ce... fantôme n'est sans doute pas un bon mot... un esprit je dirais...

Elle ne voulait rien d'autre qu'un peu de compagnie, je pense, seule dans les limbes, et pourtant encore accrochée à la terre...

 

Un glapissement me tire soudain de mes réflexions, me faisant sursauter. Aby, couché en rond sur le lit, me fait savoir que son estomac crie famine. Je lui adresse un sourire en coin et je le fait grimper sur mon épaule.

Jetant un regard vers la feuille noircie de mon carnet, je sort de la pièce en refermant presque cérémonieusement la porte... et il me semble apercevoir, dans la pénombre, une ombre blanche penchée sur mon journal...

par John L. Kurtiss publié dans : Carnets de route

 "Edya Acatäsh, grand dieu des voyageurs"

Aspenn, terre de légendes et de mystères... Même si de sombres évênements ont entaché de sang les hautes plaines de notre terre, j'aime encore à m'y égarer, perdu dans mes pensées. 

 

Ce que vous lirez dans ces lignes, parfois pur produit des chimères du tabac du Sud et de l'hydromel local, n'est certainement pas écrit pour la postérité, et d'ailleurs ne sera peut être même pas compréhensible à certains.

Mais laissez-moi vous servir de guide, et vous comprendrez que l'on peut s'évader... même dans son esprit.

 

Mon nom est John, et je vous souhaite la bienvenue à Andëmiss Cité-Folle.

 

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