Jeudi 10 mai 2007

… 

 

"Veux-tu continuer la route avec moi?" 

Elle ne me répond pas, elle se contente de me regarder de ses yeux d'absinthe. Après tout, ce n'est qu'une question, non point innocente, je l'accorde, puisqu'elle à son impact, mais pourquoi n'y répondent-elles jamais… 

 

A trop vouloir être honnête, même pour soi-même, on n'en récolte que rarement ce qui fut espéré. 

Alors, elle continue à me regarder, un peu gênée maintenant, ne sachant que répondre, et aucun son ne sort de sa bouche. 

 

"Tant pis" lui dis-je en reprenant la marche en jouant un air faussement enjoué d'ocarina "ce n'est pas grave…"

 

Pas grave… non bien sûr, le monde n'en tournera pas moins vite. Ca ne m'empêchera pas d'en pleurer.  

Et la journée avait si bien commencé…

 

Elle continue quelques minutes à marcher avec moi, tenant par la fourrure Öban, l'énorme lion qu'elle a adopté, il y a fort longtemps. 

Et nous discutons de choses sans importance, tentant de cacher cet instant où nous nous considérâmes comme deux étrangers. Le son de ma voix frémit un peu au début, puis je reprends le dessus et tente d'avoir une conversation plus agréable et frivole. 

 

Elle me dit que les coccinelles lui rappellent les Nuits-Bellules d'il y a longtemps, même si ni elle ni moi n'étions là pour voir leur triste fin. Et attrape un brin d'herbe, qu'elle mâchonne, pensive… 

Puis, nous nous séparons une dernière fois - ou plutôt elle bifurque sur une voie où je ne peux la suivre, ne veux d'ailleurs la suivre, de peur de rester enchaîné… J'ai besoin de recul, de paysages lointains, loin des gens, loin de tout… 

 

Et je la voit grimper sur l'encolure du lion blanc, et porter à sa bouche son instrument de cuivre… comment appelle-t-elle cela déjà? 

Ah oui, un Söllen-Tehë… une corne de soleil en langue commune… 

… elle entonne, en s'éloignant dans l'air de la nuit, un air joyeux et triste à la fois… tout a fait elle. 

 

Nous nous connaissons bien, et pourtant elle parvient encore à m'étonner… et elle semble ne pas s'en soucier, la petite fée caramel aux yeux de jade …

par John L. Kurtiss publié dans : Carnets de route
Mardi 8 mai 2007

Cette cité m'aura plus abattu que je ne l'aurais cru au premier abord. Cela fait déjà près de cinq jours que j'ai repris ma route vers le Nord, abandonnant la cité de Nëckba pour les contrées froides des rives de la Mer d'Anarïon, et pourtant, je continue de ressentir ce vide, une boule nébuleuse et grise au creux de mon âme. 

Les côtes ciselées de Tanathön me font face, tandis que j'observe l'ondée frémissante à la surface de la mer, assis sur une pierre lisse près de la falaise. 

Le vent souffle en bourrasques violentes, et je me suis emmitouflé dans mon manteau de cuir. Aby s'est réfugié dans le repli du col et tremblote, moins à cause du froid que parce qu'il a une peur panique du vide. Je le sens se cramponner à mon épaule, plantant ses petites griffes noires dans l'encolure. 

Je ne dis rien, je me contente de fumer la pipe à long goulot que je garde toujours dans une de mes poches. Les nuages bleus s'effilochent dans le ciel gris. Je sais bien que je le regretterais un jour de fumer autant, mais bon, après tout, il nous faut bien mourir de quelque chose. Pour ma part, j'aime autant trépasser en assumant mes bêtises que celles des autres. Trop de gens meurent par la faute de leurs congénères… négligence ou non. 

Un bac fait la navette entre le continent et l'île-papillon de Cemenë, appelé ainsi à cause de sa forme étonnante. Cette dernière surgit de la brume, au loin, dévoilant ses collines et ses montagnes solitaires… 

Décidemment, nous sommes bien seuls dans ces contrées, parfois. 

Je crois que je prendrais la navette tout à l'heure. Pour l'instant, je me repose. 

Peÿlos broute paisiblement l'herbe de la falaise, avec son pas nonchalant. Il me regarde un instant de son œil brun, puis continue d'arracher les rares herbes grises. 

… 

Je sens soudain une odeur. Un parfum d'épices et d'ambre, quelque chose d'enivrant et d'étonnamment familier…  

par John L. Kurtiss publié dans : Carnets de route
Mercredi 2 mai 2007

Papillon de nuit, parfois chouquette caramel, et loup artiste...

 

Inspiré par une amie, et un songe étrange, en y pensant...

Je crois, au fond, que c'est comme ça que je me vois... un vieux loup d'une autre époque, adossé à un lampadaire aussi solitaire que moi, perdu dans cette sorte de brouillard des années...

Avec cette musique lancinante, envoûtante, qui vient du fond des ages, sans vraiment savoir de quel côté regarder...

Alors je reste là, en espérant qu'une petite fée s'arrêtera là, attirée par la lumière fantomatique du lampadaire...

Seulement, elle ne voit pas, elle reste dans la brume des idées, des fantasmes... ou elle a finalement trop peur de s'approcher, traverser cette fumée sombre et froide pour tendre la main vers cet inconnu parfois un peu inquiétant...

par John L. Kurtiss publié dans : Carnets de route
Lundi 30 avril 2007

Aujourd'hui, c'est jour de marché, et vente d'antiquités dans la ville basse. Un petit rituel que j'ai toujours apprécié. 

Flâner, farfouiller, ou plutôt "chiner" comme il est de coutume de dire. Voir l'étalage de choses que les gens peuvent entasser chez eux, dans leurs greniers et leurs caves, pour nous les faire acheter plus tard, lorsqu'ils leur en sont devenus totalement inutiles (ou parfois inutilisables …). 

On en croise de toutes sortes dans ces foires un peu particulières : des vendeurs avares, prêts à tout pour que vous emportiez contre quelques piécettes, un "magnifique" objet complètement rongé par la rouille, ou dont on a retiré ce qui lui permettait de fonctionner … ou alors des jeunes, qui vendent leurs anciens jouets, qu'on regarde avec une larme de nostalgie, parce qu'on avait les mêmes (même si pour ma part, je me suis toujours refusé à vendre quoi que ce soit… que voulez-vous, je suis trop sentimental, ça me perdra un jour), pour se faire un peu d'argent. 

Aby est resté sur mon épaule cette fois, se rappelant de la semi catastrophe qu'il avait causé à la dernière fête dans un petit bourg d'Antalion… il avait sauté sur tous les étalages, chipant à tour de bras tout ce qui passait dans ses mains… il m'avait fallu une bonne heure pour le rattraper, et au moins autant pour le sermonner… Mais bon, je l'adore cette petite bestiole. 

Je ne devais pas avoir plus d'une vingtaine d'années, quand je l'ai recueilli, dans le bois près de là où je vivais à l'époque. Il n'était alors pas plus gros qu'une souriceau. Sa mère s'était fait piéger dans un collet à quelques mètres, et était morte étranglée par cette saleté en ferraille. Je l'avais alors dégagée, détruit ce piège, et posé son cadavre plus loin dans un fourré. 

Je me souviens avoir déposé sur sa dépouille un peu de tabac que je gardais toujours dans ma poche (vieille tradition d'Alkëen que de mettre du tabac sur un mort, ou un animal qui venait de trépasser). Après cela, m'assurant que le corps de sa mère était bien caché pour qu'aucun chasseur ne vienne le récupérer, j'avais attrapé le petit, complètement terrorisé et l'avait ramené chez moi…  

par John L. Kurtiss publié dans : Carnets de route
Samedi 28 avril 2007

...

Dérive...

Notes cuivrées dans le noir,  

Ambre et or les rêves  

Qui m'enserrent et me tiennent   

De leurs serres de métal. 

Mirage de coton   

Ou bien d'absinthe,   

Enceinte où se tient  

Le théâtre de ma plume… 

 

Etoiles sur ciel orangé, embrumé  

De vapeurs d'alcool froid comme l'hiver,   

Je me laisse divaguer et échouer   

mes pensées jusqu'à toi.

 

 

par John L. Kurtiss publié dans : Carnets de route

 "Edya Acatäsh, grand dieu des voyageurs"

Aspenn, terre de légendes et de mystères... Même si de sombres évênements ont entaché de sang les hautes plaines de notre terre, j'aime encore à m'y égarer, perdu dans mes pensées. 

 

Ce que vous lirez dans ces lignes, parfois pur produit des chimères du tabac du Sud et de l'hydromel local, n'est certainement pas écrit pour la postérité, et d'ailleurs ne sera peut être même pas compréhensible à certains.

Mais laissez-moi vous servir de guide, et vous comprendrez que l'on peut s'évader... même dans son esprit.

 

Mon nom est John, et je vous souhaite la bienvenue à Andëmiss Cité-Folle.

 

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