Mardi 29 mai 2007

… Le Sept… un chiffre qui m'aura poursuivi longtemps.

 

Aby est frigorifié, et se blottit contre le repli du col de mon manteau. Je ne dis rien, le regard fixe sur cette dépouille devant moi, au milieu de la hutte. De la fumée envahit l'antre, une odeur de soufre et de camphre…

 

Pendant des jours, j'ai cherché ce feu-furêt… il s'était sauvé dans ces bois clairs, et pourtant inquiétants. D'insondables étangs noirs en bosquets arides, aucune trace de lui pendant des jours, j'avais beau suivre la trace de ses petites pattes dans les sentiers, je ne le rattrapais jamais.

 

Et au matin du septième jour de la lune de Messë, j'ai aperçu cette petite cabane, perdu au milieu de cette immensité. Epuisé, le ventre creux de ne pas avoir mangé depuis deux jours, j'y ai fait une halte, espérant trouver quelque réconfort chez cet étrange habitant.

   

Et qui vois-je, perché à la fenêtre, les deux mains appuyées contre la vitre froide…

- Aby, que fais-tu là?, lui dit-je, avec quelque énervement mêlé de soulagement…

 

par John L. Kurtiss publié dans : Carnets de route
Mercredi 23 mai 2007

… Soudain, tandis que nous avançons à l'orée de la Forêt Blanche, et sans que je ne sache pourquoi, Aby saute de mon épaule et court vers les profondeurs du bois.

Je ne le rappelle pas à l'ordre - il faut bien le laisser vivre un peu sa vie -, alors je l'attends là, dans le bruissement silencieux du feuillage et des chants d'oiseaux nordiques.

 

… Dix minutes passent… et il ne revient toujours pas…

Je tape la bride de Peÿlos et nous pénétrons dans le bois…

   

A peine entré, les arbres semblent se masser autour de nous, et le silence se fait. Pas un bruit, hormis la marche lente de Peÿlos.

La forêt semble pétrifiée dans une inquiétante forme. Les arbres blancs - qui donnèrent leur nom au bois - ne laissent pas filtrer la lumière du soleil, et pourtant le regard porte loin.

… J'ai vraiment bien fait d'emporter Doninÿo avec moi, on ne sait jamais sur quoi on peut tomber…

 

Cette épée, je ne l'ai pas souvent utilisée… heureusement dans un sens… 

Elle me vient de mon père, qui la tenait lui-même du sien… depuis de nombreuses générations. 

Elle a servi dans beaucoup de batailles… trop de bains de sang, mais au moins elle aura permis de me faire venir au monde… car si un de mes ancêtres avait péri durant une des nombreuses guerres qui ont entaché d'horreur nos vertes contrées de l'Est, je n'aurais jamais vu le jour. 

Les armes sont étranges… Elles donnent la mort, mais indirectement, elle peuvent aussi donner la vie.

La lame est fendillée à quelques endroits, mais elle trancherait bien quelques membres qui s'y risqueraient - certains en ont fait l'expérience durant la Guerre des Neuf Nations. 

 

Pour l'heure, elle tape mon flanc, suivant le balancement métronomique de Peÿlos qui avançait dans le sentier étroit de la Forêt Blanche.

 

"Mais où est donc encore passé ce feu-furêt?" 

Je regarde au-dessus, dans les branchages clairs. Pas de trace d'Aby. 

Et je remarque soudain une chose étrange… Il n'y a pas le moindre fruit ici, pas plus que d'animaux d'ailleurs.

 

Qu'est-ce qui à bien pu l'attirer ainsi ici?

 

 

 

par John L. Kurtiss publié dans : Carnets de route
Lundi 21 mai 2007

… Et nous entrons dans une nouvelle saison. La lune du blé vient de débuter cette nuit, et promet un Ataë brûlant, pour les terres du Sud du moins. Pour l'heure, je longe tranquillement les abords de la Forêt Blanche.

Je pense atteindre la presqu'île d'Ekkennÿ, sur les rivages de la Mer du Soleil Jaune, vers la fin de la décade. Puis, de là, descendre vers les terres de Cascërn. Peut être par la mer, en prenant un cyriändil au port d'Ekken. 

Je ne sais pas encore… 

 

Je me rappelle ma rencontre avec eux… cette équipée des plus hétéroclites, dont les bardes qui survirent à l'Age de la Lune de Sang chantèrent les exploits, tantôt tragiques, tantôt épiques… Maley-Enndäar, la Compagnie de la Lune Primordiale. 

C'était, me semble-t-il, aux temps froids de la Lune des Dryades, près d'Atalantä, la Cité aux Deux Rivages. 

Je m'étais attardé dans la ville des Aquëennes une journée, mais en était reparti bien vite, car la guerre commençait à poindre le bout de sa lance. 

 

Repartant vers l'Est, longeant le fleuve, j'entendis des bribes de discussion près du rivage. C'est là que je les avais vu: trois Alkëens, un Nain de Dürin, une elfe Sylvaïne et une Aquëenne, armés et flanqués de montures, d'un loup blanc et d'une créature pour le moins étrange. 

 

… En y repensant, je crois qu'ils m'avaient pris pour un brigand, ou un mage roublard sans doute… 

Je produis souvent cet effet-là, je ne m'en cache pas et m'en amuse parfois. 

 

Quoi qu'il en soit, je perçu déjà quelque étrange relation entre le nain et l'elfe, qui, sous leurs dehors de rivalité et de froideur, avaient… un je-ne-sais-quoi d'étrange. 

Destins intimement liés, puisque nos chemins se recroisèrent à nouveau, où le rôdeur me confia son Mör-Melëyn, et maintenant, j'écris leur histoire… 

 

… Et d'autres souvenirs reviennent… comme un orage lourd qui arrive sans qu'on l'ai souhaité, sans qu'on l'ai prévu… 

  

par John L. Kurtiss publié dans : Carnets de route
Mardi 15 mai 2007

Alors que Peÿlos avance nonchalamment le long de la berge de l'Adarante, je contemple, perdu dans mes pensées, ce coin de verdure pale et tranquille comme un matin de Panatëum. 

Peÿlos relève la tête et tourne les oreilles en arrière, m'indiquant qu'il souhaiterais une halte. Il se dirige vers le cours d'eau, et tandis que je mets pied à terre, plonge son museau et boit à grandes lampées. 

Aby bondit de mon épaule et file droit dans un arbre fruitier, disparaissant dans le feuillage.

   

Je m'assieds sur une large pierre lisse à la base constellée de mousse verte, et sort ma longue pipe de bois grise. Je fourre un peu de tabac dans le fourneau, et l'allume avec une pierre à feu. La fumée, opaque et bleue, se disperse en arabesques hésitantes dans l'air humide et frais.

 

Une idée, soudain, comme ça, le paysage, l'air froid et la fumée du tabac… 

Je sors mon carnet et feuillette les pages, jaunies à force de les utiliser. Beaucoup de notes, quelques dessins, toujours les mêmes…

J'écris un peu trop sur elle, je crois. Qu'elle ne dise pas non, j'avoue que parfois cela vire à l'obsession. J'en viens à écrire ou dessiner en me demandant si ça lui plairait… 

J'ai souvent cette envie irrépressible de retourner à cette grande bâtisse, avec ces volets bleus, pour la voir. Pas nécessairement lui parler, je n'ai pas énormément de choses à dire, plus à écrire… Mais pour la voir, sentir son parfum, presque rechercher le contact de sa peau… 

 

Grimper le long du mur, et attendre, la tête en bas en jouant de l'ocarina, qu'elle entrouvre sa fenêtre, pour lui tendre un petit poème ou une rose couleur sable…

 

par John L. Kurtiss publié dans : Carnets de route
Dimanche 13 mai 2007

Sur le bac, dans les eaux miroitantes du Nord…

 

Je repars sur le continent… Non pas que les îles soient d'une beauté quelconque, mais les mots ne suffiraient pas à décrire l'étonnante danse colorée des forêts de mille verts barrées des monts enneigés, où fourmillent nombre d'animaux aux pelages bariolés. Je préfère en partir, sinon j'ai bien peur d'y rester à jamais, traînant béat d'admiration pour cette perfection irréelle. 

 

Alors je m'en vais, loin…  

 

Par les pieds de vigne

Aux raisins encore peu mûrs, 

Ou contre les rochers

Que les flots viennent lécher, 

  

Dans le beau crépuscule, 

Qu'il est doux encore

De vagabonder sur les chemins,  

Avec le parfum du passé. 

 

S'égarer dans les forêts, 

Pour y voir, par les sentiers,

Quelque dryade en furtif éclat  

De leur charme callipyge.

  

Dans le beau crépuscule,

Qu'il est doux encore  

De vagabonder sur les chemins,

Avec le parfum du passé.

 

par John L. Kurtiss publié dans : Carnets de route

 "Edya Acatäsh, grand dieu des voyageurs"

Aspenn, terre de légendes et de mystères... Même si de sombres évênements ont entaché de sang les hautes plaines de notre terre, j'aime encore à m'y égarer, perdu dans mes pensées. 

 

Ce que vous lirez dans ces lignes, parfois pur produit des chimères du tabac du Sud et de l'hydromel local, n'est certainement pas écrit pour la postérité, et d'ailleurs ne sera peut être même pas compréhensible à certains.

Mais laissez-moi vous servir de guide, et vous comprendrez que l'on peut s'évader... même dans son esprit.

 

Mon nom est John, et je vous souhaite la bienvenue à Andëmiss Cité-Folle.

 

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