Jeudi 16 août 2007
La forêt est ravissante, et grouille de secrets soupirs.
 J'ai des tas de promesses à tenir, et puis beaucoup de route
A faire avant d'aller dormir…
Avant d'aller dormir.
 
                Elle me mène loin, toujours plus loin dans cette forêt de sombres éclats, silencieuse comme un tombeau. L'atmosphère pourrait être oppressante à cette seule description, mais elle ne l'est pas… Reposant plutôt.
La route est si longue, que je finis par dodeliner de la tête, sentir mon esprit s'embrumer…
…Depuis combien de jours n'ai-je pas dormi…
 
J'ai l'impression de ne plus être chez moi… ou plutôt si, devant un tas d'objets hétéroclites, au milieu dépravé de plusieurs bouteilles d'alcool renversés sur le parquet…
Du coin de l'œil, je me vois dans le miroir du mur d'en face… par les dieux, je ressemble vraiment à ça… non, mes yeux me trompent…
Et pourtant, ce ne semble pas être moi qui bouge de l'autre côté… quelqu'un d'autre, qui rit de moi, se moque, et finalement prend une lame luisante et se taillade la tête dans des gerbes de sang, m'éclaboussant de leur ignoble chaleur…
 
- Réveille-toi, l'Alkëen !
Cette voix me ramène, violemment, mais heureusement… il y avait longtemps que je n'ai plus fait ce genre de rêves… ça ne me manque pas.
- Tu faisais un cauchemar, l'Alkëen, me demande la nymphe en me regardant de son étrange façon, à pencher la tête comme un oiseau.
- Je te l'ai déjà dit, je m'appelle John.
- Je te préfère l'Alkëen.
- A ta guise, Sallÿa, soupire-je en me massant la nuque. Jolie Nymphe.
Je n'ai jamais su refuser quoi que ce soit à une belle femme… fut-ce m'appeler de quelque façon peu commune.
 
Mais nous voici maintenant dans un lieu différent de là où je me suis assoupi…
Une vaste clairière, avec autour de nous la forêt bleue, mais ici, tout semble vivant...
En son centre, un piédestal de pierre, parfaitement rond, soutient une sorte d'arche, comme une moitié de bague, ou d'anneau, fiché dans la terre…
Mais il est fêlé, brisé en son sommet…
- Voilà ce que je voulais te montrer, dit la nymphe avec un grand sourire, l'Anneau des Cœurs brisés… ou songeurs, je ne suis plus sure de la traduction exacte, cette chose se perdant au fil des lunes… Et puis, ajoute-t-elle en faisant de grands ronds avec ses bras, qui se soucie de savoir son nom ?
Je descend de cheval et m'approche de l'anneau, pose ma main sur sa surface. Lisse et froid.
- C'est important, un nom, Sallÿa… Toi-même, si tu…
 
Assez de ces réveils brusques…
Je cherche des yeux un élément familier, mais ils ne me disent rien… où que je sois, je n'y suis jamais venu auparavant.
Un souffle léger, régulier à côté de moi.
Je suis assis dans un grand lit, aux draps défaits, chauds et un peu moites. Je tourne la tête à ma gauche, et entrevoit, dans la noirceur ouatée de la fin de la nuit, une forme féminine, couchée, occupée à quelque rêve bienveillant…
Jade…
"Navré, fillette, je ne vais pas pouvoir rester, ma route est encore longue"
L'ai-je pensé, ou dit à voix basse ? Je ne sais pas, mais elle remue alors et pousse un faible gémissement…
Elle doit l'avoir entendu.
Presque a contrecoeur, je me lève, et remet mes vêtements éparpillés par terre. Je n'ose même pas savoir ce qui s'est passé dans cette pièce…
Bien qu'embrumé de sommeil, je me décide à sortir. Mais auparavant, je reviens vers elle, et tend mes lèvres vers son front doux et chaud. Elle ouvre les yeux à moitié, ses prunelles d'or et de vert pétillent, et elle va à la rencontre de ma bouche.
- Reste, s'il te plait, reste encore un peu, dit-elle faiblement à mon oreille…
Enserré par ses longs bras nus, je me fais violence de lui dire que je dois partir, mais elle serre encore plus fort… et il me semble que sa chevelure d'ébène commence à s'enrouler autour de moi, à me presser de cette irrésistible étreinte…
 
Quelle vision étrange, souvenir à peine effacé…
Sallÿa est devant moi, appuyée contre la roche, et lance à voix haute, en jouant avec un papillon qui passait par là :
- Tu as raison après tout, une lumière qui reste allumée sans raison n'a finalement aucune raison, ni même plus aucune envie d'être… pas plus qu'une flamme qui ne réchauffe personne.
- Quoi ?
- Regarde au-dessus de toi, dit-elle en laissant s'envoler le papillon.
Je lève les yeux, et vois avec stupeur l'anneau… parfait.
- Il n'est plus brisé…
Je ne saisis pas, j'ai les yeux qui se brouillent, non pas de larmes, mais de sommeil.
- Réveille-toi, l'Alkëen…
 
- Réveille-toi, l'Alkëen !
- Mmh…?
- Allez, réveille-toi.
Je n'ouvre même pas les yeux, de me demander où ai-je encore atterrit…
- John, je m'appelle John…
- John ? Ce nom te vas bien, lui aussi est étrange.
- Qu'est-ce que tu as dit ?
 J'émerge brutalement, et je me retrouve allongé contre un arbre, alors que la nymphe est penchée tête en bas, accrochée par les jambes à sa branche, à me regarder avec ses grands yeux, et un large sourire.
- Cela fait un moment que je t'observe, tu m'as l'air étrange, c'est tout. Et ton nom aussi l'est.
Je m'étire et me lève.
Aby revient à ce moment là avec un fruit dans les mains – et apparemment, il en a déjà englouti plusieurs, à en juger par la quantité de jus qui lui dégouline de la truffe.
Il grimpe sur mon épaule, et je lui débarbouille le museau avec le revers de ma manche, un vague sourire au coin des lèvres.
- A quoi songeais-tu, l'Alkëen ? Il avait un goût de miel, ton rêve, demande-t-elle en humant l'air avec délice.
- Un rêve dans un rêve, Sallÿa.
Elle semble stupéfaite.
- Comment connais-tu mon nom, l'Alkëen ?
Tout en remontant sur Peÿlos, je lui réponds :
- L'aurais-je deviné ? A toi de me le dire. Au revoir, maintenant, jolie nymphe.
Et, alors que je repars plus loin encore, je l'entends murmurer à mon oreille :
- Tu songes éveillé… ton rêve ne prendrai-t-il donc jamais fin… John ?
 
par John L. Kurtiss publié dans : Carnets de route
Mercredi 8 août 2007
Entre les rangées d’arbres difformes, courbés, me revient soudain et me frappe un… non pas un souvenir, mais une intuition, comme une évidence.
- Tu ne m’écris plus.
 
Pas ces longues conversations où l’on se disait tout et peu importe quoi, il n’y a pas si longtemps.
Non, ces petits messages, aux tréfonds de la nuit, à l’heure des loups.
Ces appels de détresse que seules les brumes nocturnes savent faire jaillir, un vide à combler, une déprime à déverser, en manque de réceptacle.
Ou bien, peu après l’aurore, ces petits mots sur ces détails vestimentaires… Comme ça, juste pour prévenir.
J’admets… ça me manque, cette insouciance, cette confiance que je qualifierais presque d’aveugle et que, si je ne l’ai pas brisé, j’ai hélas réussi à sans doute fêler, faire vaciller.
 
Je sors ce petit carnet de la poche intérieure de mon manteau… c’est fou ce que je peux transporter avec moi, juste pour garder un contact avec ce monde… mais enfin…
Je caresse machinalement la vieille couverture de cuir usé, un léger sourire au coin des lèvres.
- Oui, ça me manque…
 
- Qu’as-tu dit, l’Alkëen ?
- Rien qui puisse avoir de l’importance… pour toi du moins, nymphe, rétorque-je en rangeant le carnet.
La nymphe me regarde fixement et rapproche son visage du mien, comme si j’étais une bête curieuse.
- Tu es bizarre pour un humain, l’Alkëen.
Décidemment…
- Je ne le sais que trop, on ne cesse pas de me le rappeler… je n’y peux rien, j’ai besoin d’être original, la réalité m’ennuie par certains de ses aspects… Et je m’appelle John.
- John ? Ce nom te vas bien, lui aussi est étrange.
- Pourtant c’est le mien… Comment dois-je t’appeler ?
La nymphe penche la tête sur le côté, et finit par me dire :
- Toi, je t’aime bien… appelles-moi Sallÿa.
Et sur ces paroles, elle s’élance sur le chemin, et me fait signe de la suivre :
- Viens, j’ai quelque chose à te montrer.

par John L. Kurtiss publié dans : Carnets de route
Lundi 6 août 2007
Je l’ai quitté, laissé à son triste sort …
Même si elle m’a dit qu’elle n’avait plus nul part où aller, personne ne mérite de finir sa vie dans ce pays démentiel…
Il n’est plus temps des regrets, hélas… je ne sais même pas comment je suis entré dans ces terres étonnantes.
J’ai bien essayé de revenir en arrière, retourner aux thermes, mais je n’ai rien vu d’autre que des terres en friche.
Pas de bâtiment énorme, de rivière… rien. J’aurais même été heureux de croiser un des gardes…
 
Alors je m’en suis allé plus loin vers le Sud.
Maintenant, ce sont les terres de Cascërn que je vais fouler du pied et du sabot…
En espérant que j’y serais mieux accueilli.
 
La forêt Pétrifiée… Ne porte-t-elle pas à merveille ce nom, cette vaste étendue de bois bleu, comme figé dans un éternel sommeil de glace…
Pas un bruit, pas un son… les animaux n’y nichent pas… Rien que l’écho des pas de mon cheval, les ronronnements d’Aby, dormant couché en rond sur mon épaule, et mon équipement qui m’enserre la taille et bat mon flanc.
- Peut-être que, au détour d’un temple, j’y surprendrais quelque nymphe, ou moine s’exerçant à la Danse des Cinq Poignards… qui sait.
Voila que je pense à voix haute…
 
- Quand le lycan entend son nom, il montre les crocs, n’est ce pas, étranger ?
Quelle voix étrange… suave et mielleuse.
J’arrête Peÿlos d’un coup sec sur la bride, et tourne la tête vers le fourré, d’où je pense avoir entendu cette étonnante réplique.
 
- Tu ne regardes pas au bon endroit, l’Alkëen… je suis ici, redit la voix, qui semble s’élever d’un buisson à ma droite cette fois.
- Non… ici… ou bien par là, peut être… regarde mieux.
Finalement, je lève la tête en poussant un soupir, et aperçoit, sans trop de surprise, une femme, dont les seuls vêtments s'apprentent à quelques feuilles tenues par des liens de cuir, assise sur la branche au-dessus de moi.
Elle balance ses jambes nonchalamment, insouciante, avec ses grands yeux couleur d’acajou.
- Bien, dit-elle d’une voix haut perché, tu t’en tire bien… D’habitude, les hommes ne savent pas voir…
- Moi, je vois, et je suis las de ce jeu, nymphe. Descends, ou trouve un autre homme pour t’amuser.
 
Et sur ces mots, elle saute de son arbre, et atterrit dans les feuilles mortes avec un grand sourire. Puis, elle s’approche de mon cheval, en me fixant intensément, les mains croisées derrière le dos.
- Où est-il, finit-elle par demander, les yeux pleins d’envie.
- De quoi me parles-tu ?
- Ton instrument… celui dont tu jouais tout à l’heure… C’était beau.
Je sors de ma poche ce petit objet, à peine plus gros que la main, froid et lisse.
- Mon ocarina ?
- Oca-ri-na ? Pourquoi un tel nom ? Tu aurais du l’appeler « Tête d’Oie », cela y ressemble beaucoup.
J’esquisse un sourire.
- Justement, nymphe, ocarina veut dire « petite oie ».
- Ah ?
Et après un temps de silence, elle ajoute avec frénésie :
- Joue-en un morceau. J’aime ce son brut… c’est comme le vent qui traverse les feuilles et les cascades.

Quelle étonnante créature… d’ordinaire, les nymphes de forêt viennent rarement à la vue des humains.
 
par John L. Kurtiss publié dans : Carnets de route
Dimanche 29 juillet 2007

Il faut bien que cela finisse un jour ou l'autre… Pour ma part, cela n'aura que trop duré.

 

Cela fait un moment que je pense à m'enfuir, sans vraiment savoir comment… ni même comment je me suis retrouvé ici.

Pourtant cette grille semble être bien le meilleur moyen… elle est mal fixée, elle sort facilement de ses gonds…

C'est décidé, c'et par là que nous partirons… il ne me reste qu'a annoncer cela à Mëya et Eol.

 

- Alors, qu'en pensez-vous ?

Le vieil esclave soupire en se grattant la barbe, ne sachant que trop répondre.

Quant à la petite Shïiva, elle reste interdite, attendant la réponse d'Eol.

Finalement, il murmure d'une voix rocailleuse :

- J'ai tant vécu ici que je ne sais plus comment est-ce, dehors… J'en suis, tu peux compter sur moi.

- Si grand-père est d'accord, je viendrais aussi, ajoute Mëya d'un air enjoué en serrant le vieil homme dans ses bras.

 

Grand-Père… même si ces deux-là n'ont absolument aucun lien de parenté, la petite n'arrête pas de l'appeler ainsi. Il faut dire que depuis qu'elle s'est échouée ici, Eol fut un des rares esclaves à s'occuper d'elle… cela crée des liens affectifs…

- Bien, dit le vieillard comme pour conclure, la pause est terminée, il vaudrait mieux y retourner. Ce client n'est pas des plus patients.

J'englouti un fond de ce liquide chaud et sirupeux, qui stagne au fond de ma tasse, et enfile mon manteau.

Mëya ouvre la porte, et le froid s'insinue dans la petite pièce, jouxtant le Fegorium.

Là, j'aperçois une créature des plus massive, couverte de fourrure et de griffes…

- Encore un Nadëeo…

 

Le Nadëeo s'énerve de plus en plus, tandis qu'Eol tente de le calmer. Il court en tous sens, amenant de plus en plus d'eau glacée au bassin.

Même moi, je n'arrive pas à le suivre. Il s'essouffle, et je lui dis d'aller faire une pause, d'aller se reposer.

Il me répond que non, tout va bien.

… Et ce qui doit arriver finit par arriver…

 

Le Nadëeo, frustré de devoir attendre, se lève soudain du bassin, furieux, et attrape Eol sans ménagement, avant de l'envoyer contre le mur, dans un écoeurant craquement d'os et de cris de douleur.

Mëya reste pétrifiée devant la scène, et je cours vers le vieil homme, au pied du mur, baignant dans son sang, sans mouvement.

 

Gëlann accourt presque aussitôt, alerté par un des gardes Shïiva. Et le voilà, le maître des lieux, qui s'écrase devant cette bête ignoble.

J'aurais eu mon épée avec moi, je leur aurais tranché la gorge à tous… ou leur faire subir des choses horribles.

Je me lève et m'apprête à sauter sur le Nadëeo, mais une main m'attrape la manche.

Mëya, les larmes aux yeux, me supplie de ne rien faire.

 

Avec un jeune homme, dont j'ignore le nom, nous montons le pauvre vieillard jusque dans notre dortoir, sans prêter attention aux hurlements de Gëlann, qui ne jure que par les pièces d'or qu'il à du rembourser au Nadëeo…

En attendant, Eol se vide de son sang, et râle, peinant à respirer.

 

Nous le posons sur ma couche, près de la fenêtre. Aby observe la scène, couché en rond sur une table dans un coin.

Mëya, qui tient une torche pour nous faire un peu de lumière, est sur le point de fondre en larmes.

- Il ne va pas mourir, dis, John ? Il va aller mieux…

 

Cela s'est passé dans la nuit… Elle à mis du temps avant de venir en pleurant et en hurlant dans le Fegorium, où j'assurais le travail de nuit seul.

Je l'avais laissé avec Eol, qui continuait à lutter… continuait.

Lorsque j'ai vu la petite Shïiva courir vers moi, j'ai tout de suite su…

Eol est mort.

- Maintenant, plus rien ne me retient ici.

Sans un mot, je monte vers le dortoir. La porte s'ouvre dans un chuintement morbide.

Le vieillard ne râle plus, il semble paisible, figé dans son dernier effort de vivre.

Je m'accroupis à côté de lui… J'avoue que je ne ressens pas vraiment de peine… il est mieux maintenant, libéré de ces chaînes.

Je sors tranquillement, presque cérémonieusement, la petite bourse de tabac que je garde toujours dans ma poche. Habituellement, je fume un peu trop, mais depuis quelques temps, depuis que je suis arrivé dans les terres de Gëlann, cela ne m'intéresse même plus.

Je disperse un peu de tabac sur son cadavre, et prend Aby dans mes bras.

Avant de sortir, je jette un dernier coup d'œil à la dépouille du vieil esclave… qui ne l'est plus désormais.

- Edya, Eol… repose en paix.

 

- Bien, Mëya, tu es prête  ? Personne ne nous regarde…

La petite Shïiva me regarde, et acquiesce d'un hochement de tête déterminé.

Puis elle ouvre la vanne de vidange du bassin. L'eau commence à s'évacuer en tourbillonnant.

Je prends une grande inspiration et attrape Mëya par la taille.

- Allons-y.

Nous sautons dans le bassin, entraînés par le flot qui s'écoule vers les canalisations des thermes.

 

- Vite, ils vont s'apercevoir de notre fuite…

La grille s'ouvre sans effort, rouillée depuis bien longtemps par les eaux usées qui s'en échappent.

Je cherche des yeux l'écurie où ils ont emmené Pëylos, et mes armes…

 

"Les fous, d'avoir laissé ici mon épée… ". J'attrape Doninÿo et la sort de son fourreau.

- Il vaut mieux que tu ne regarde pas, Mëya, lui dis-je dans un murmure, un éclat macabre dans les yeux.

Je m'approche silencieusement du Shïiva qui garde l'écurie, et avant qu'il ne comprenne ce qu'il lui arrive, je lui tranche la gorge d'un coup sec.

 

- La frontière est encore loin, Mëya ?

- Non, toute proche.

Et soudain, elle s'arrête de marcher, et reste plantée là, au milieu du chemin.

J'arrête Pëylos en tirant sur la bride.

- Et bien, que t'arrive-t-il ?

- Je… je ne peux pas aller plus loin, me répond-elle, l'air triste. Je ne peux pas laisser Grand-Père.

- Tu ne peux plus rien pour lui… Tu n'as plus rien qui te rattache ici.

- Toi, non… mais moi, tous mes souvenirs sont ici. C'est un peu ma maison. Ce n'est pas toujours agréable, mais j'ai un toit et je ne meurs pas de faim.

Je soupire.

- Chacun doit faire ses propres choix, jeune Shïiva.

- Toi, où ira-tu ?

- Je ne sais…

Je grimpe sur Pëylos, et lui dit adieu. Puis, alors que je m'éloigne, je l'entends m'appeler :

- Acktä, neriva silo meyë ta… Acktä, Acktä.

 

Je ne comprends déjà plus ce qu'elle me dit…

Quelle impression étrange, c'est comme si je sortais d'un rêve… un long rêve embrumé.

Je relève les yeux, et voit une pancarte, éclairée par une lanterne : Cascërn.

- Bien… nous sommes de retour.

Aby se pelotonne contre mon col, et je donne un léger coup de bride à Pëylos, qui reprend une marche lente et silencieuse.

Je sors mon ocarina, et entonne un air mélancolique, tandis que je rentre dans les terres du Sud-Est…

par John L. Kurtiss publié dans : Carnets de route
Samedi 28 juillet 2007
Ce qu'il se dit la nuit, ne voit jamais le jour…
 
- Aby, viens, on va faire un tour…
Le feu-furêt, lové sur la couche, se lève soudain et me saute sur l'épaule.
Nous sortons tous deux du dortoir, tirant doucement la porte de papier pour ne pas réveiller Mëya et Eol, dormant à poings fermés.
Moi, je n'ai pas sommeil…
 
Nous longeons les pièces, et descendons à pas feutrés le grand escalier de bois craquelant. Les thermes, embrumés et sombres, sont plongés dans le silence, uniquement coupés par intermittence par les crachotements des tuyauteries. Edya, que je déteste cet endroit… même si pour l'heure, je ne sais pas où aller.
 
Dehors, l'herbe est grasse et humide, aux abords du bâtiment central…
J'ai l'impression que cela fait des lunes que j'ai plus vu le jour… Je vis comme un vampire ces derniers temps.
La faute à trop vagabonder sans but, je me retrouve dans ces endroits étranges… ils me ressemblent au fond.
 
Au détour de la façade, je vois s'écouler soudain une petite rivière, et la suit, réfléchissant à la manière dont je pourrais m'enfuir.
J'ai remarqué que la nuit, les Shïivas gardiens ne sont plus à patrouiller autour des thermes – sans doute pour éviter d'effrayer les clients… Il faudrait réussir à sortir la nuit, mais nous avons tout le bâtiment à traverser…
De dépit, je frappe dans une pierre, qui va se fracasser contre le mur dans un étonnant bris métallique.
- Mais que…
 
L'eau provient d'une grille d'évacuation, ancrée dans les thermes.
- C'est donc par là que sortent les eaux usées… intéressant.
 
par John L. Kurtiss publié dans : Carnets de route

 "Edya Acatäsh, grand dieu des voyageurs"

Aspenn, terre de légendes et de mystères... Même si de sombres évênements ont entaché de sang les hautes plaines de notre terre, j'aime encore à m'y égarer, perdu dans mes pensées. 

 

Ce que vous lirez dans ces lignes, parfois pur produit des chimères du tabac du Sud et de l'hydromel local, n'est certainement pas écrit pour la postérité, et d'ailleurs ne sera peut être même pas compréhensible à certains.

Mais laissez-moi vous servir de guide, et vous comprendrez que l'on peut s'évader... même dans son esprit.

 

Mon nom est John, et je vous souhaite la bienvenue à Andëmiss Cité-Folle.

 

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